Lévine. Quelle belle démocratie canadienne, où la liberté de pensée et
d'expression y règne en maître incontesté ! Le message est clair : Soyez un
fédéraliste, de préférence anglophone, et vous serez voué à un bel avenir. À
cette même époque, on se rappelle qu’Ottawa, capitale fédérale d'un Canada
« bilingue » était menacée de devenir unilingue anglophone, et ce, avec le
consentement de Mike Harris. De plus, le seul établissement hospitalier
francophone de cette ville, l'hôpital Montfort, était lui aussi précaire.
Je pense aussi à Diane Francis, maintenant éditorialiste au National Post, qui
avait déclaré en 1999 que les Québécois ne devraient pas posséder de journaux
au Canada, suite à l'achat de Sun Media par Québécor. De plus, Pierre Karl Péladeau
n'est même pas nécessairement souverainiste, bien que son père le fut.
En parlant d'écrivains, il y a aussi eu le « grand » Mordecaï Richler, heureusement
mort à l'heure actuelle, qui a écrit un livre intitulé « Les bâtards ». Qui
pensez-vous sont les bâtards décrient par cet écrivain ? Et oui ! les fameux
Québécois, plus spécifiquement, les séparatistes. Et c'est sans oublier qu'il
qualifiait les mères canadiennes françaises de truies, bien que ses partisans
affirment qu'il disait plutôt que c'était le clergé qui les considérait ainsi...
Toujours en 1999, nous apprenions qu'un professeur de microbiologie générale à
l'Université d'Ottawa, Robert L. Charlebois, avait demandé à ses étudiants, dans
le cadre d'un travail de fin de session, d'identifier une stratégie bactériologique
pouvant exterminer les séparatistes québécois sans atteindre les fédéralistes. Ceci
fut porté à l'oreille des médias et celui-ci fut bien obligé de s'excuser. Voici ses
excuses :
« Je suis vraiment désolé pour l'erreur de jugement dans l'énoncé de la dernière question de
mon examen final pour BIO3524 Microbiologie générale, donné le 15 décembre 1999. J'espère
très sincèrement que les étudiants et la population canadienne accepteront mes excuses.
Ça n'a jamais été mon intention d'offenser qui que ce soit. »
Ses pseudo excuses sont méprisantes envers le peuple Québécois, étant teintées de racisme,
ne s'excusant même pas envers celui-ci ! Que serait-il arrivé si le projet avait visé les
noirs ou les juifs? Tous se seraient soulevés contre cet agissement. Mais en tant que
petit peuple n'ayant supposément jamais été opprimé, ceci n'est encore une fois pas bien
grave...
De plus, ceci rappelle un peu le scénario que l'armée canadienne utilisait lors de ses
entraînements, mettant en oeuvre une armée indépendantiste de l'autre côté de la rivière
des Outaouais...
Il y aussi eu l'affaire Patrice Brisebois, en début d'année 2000, ayant été traité de
« Fucking frog » par un joueur des Sénateurs d'Ottawa, Vaclav Prospal, un Tchèque.
Il ne s'est même pas excusé auprès de Patrice Brisebois, mais seulement auprès des
Canadiens-français. Il écopa d'un cours de diversité culturelle. Partout à travers
le pays, on a défendu le joueur des Sénateurs, affirmant que Brisebois ne faisait
que se plaindre pour rien. Moi-même, à la radio, sur les ondes de CKAC, j'ai entendu
un journaliste affecté à la couverture des Sénateurs d'Ottawa dire que ce n'était
vraiment pas très grave, que ce n'était pas comme si le joueur avait été juif, ceux-ci
ayant été tués en grand nombre. N'est-ce pas stupide de dire une telle chose ?
Est-ce qu'un peuple est obligé d'avoir été presque exterminé pour qu'on le respecte ?
Dans ce même ordre d'idées, on pourrait toujours apporter certains éléments, tels que
le déportement des Acadiens, la répression anglaise lors des soulèvements patriotes
de 1837-1838, la mort d'un peu plus de 900 Canadiens-français lors de la bataille de Dieppe,
etc.
Mais bon, il paraît qu'il n'y a rien de grave là-dedans... Comme dans l'histoire
précédente, s'il y avait été question d'un juif ou d'un noir, l'histoire en
aurait été tout autre.
Donc, le Canada peut bien parler de liberté, mais où est celle-ci lorsque que nous ne
pouvons affirmer nos convictions politiques et s'afficher en tant que francophones
fiers de leur langue et de leur culture, sans subir l'affront des Canadiens ?
Jean-François Gauvin
Dernière modification : 29 mai 2004
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