Hit-Parade

 

Le projet souverainiste du gouvernement du Parti Québécois
Des réponses à vos questions


1.   La souveraineté et les nouvelles relations de partenariat économique et politique Québec-Canada

Le projet souverainiste du gouvernement du Parti Québécois repose sur une principe fondamentale : les Québécois et les Québécoises forment un peuple. Ils réunissent depuis longtemps, comme le souligne le Rapport de la Commission nationale sur l'avenir du Québec, tous les critères généralement acceptés pour se voir reconnaître comme peuple par les autres nations et accéder à un statut d'État souverain. Pourquoi cette réalité de peuple est-elle incompatible avec la réalité constitutionnelle actuelle et pourquoi y a-t-il nécessité de changement?

Les raisons motivant un changement politique et consitutionnel

  • Toutes les constitutions qui ont régi le peuple québécois au cours de l'histoire: (l'Acte de Québec (1774), l'Acte constitutionnel (1791), l'Acte d'Union (1840), l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (1867), la Loi constitutionnelle de (1982) ont été conçues à l'extérieur. Ces lois ont été votées soit par Londres, soit par le gouvernement fédéral. Les Québécois ne se sont jamais prononcés par vote sur la Constitution qui les régit actuellement, sauf en 1992, lorsque les Québécois ont rejeté par référendum les amendements proposés à la Constitution de 1982. Par l'accession à la souveraineté, ils pourront pour la première fois, en 400 ans d'histoire, élaborer leur propre constitution, c'est-à-dire déterminer leurs orientations au plan de la vie politique, économique, sociale et culturelle.

  • Le régime fédératif canadien, conçu il y a 130 ans, devait d'abord réunir des territoires coloniaux britanniques. Dans la pratique, c'est une structure politique uniformisante qui laisse peu de place au caractère distinct du Québec, seul foyer des francophones d'Amérique.

  • Le système fédéral canadien a été conçu, à l'origine, pour être centralisateur et pour se superposer aux provinces. Cette réalité subsiste toujours. Contrairement aux provinces anglophones, le Québec ne peut se satisfaire d'un tel état de choses et ne peut se développer dans un tel contexte parce que la plupart des pouvoirs importants sont entre les mains du gouvernement fédéral, à Ottawa.

  • Dans le système fédéral canadien, le poids des Québécois est en constante régression, cela est inéluctable. Les Québécois vont jouer un rôle de plus en plus marginal et secondaire si le régime actuel est maintenu.

  • Le Québec est le seul État francophone en Amérique du Nord. Cependant, la Loi constitutionnelle de 1982 limite fortement les outils et leviers que le Québec veut se donner pour assurer son développement et son épanouissement au plan linguistique (Charte canadienne des droits et libertés et multiculturalisme canadien). Il y a donc un urgent besoin de consolider l'identité culturelle française et la souveraineté représente la seule garantie à long terme de réaliser cet objectif.

  • Les Québécois et les Canadiens sont, surtout depuis trente ans, au coeur d'une négociation constitutionnelle dont on ne voit pas la fin parce qu'il y a impasse complète, surtout depuis l'imposition de la Loi Constitutionnelle en 1982 et, par la suite, l'échec de l'Accord du lac Meech. Il s'ensuit, aux dires de la Commission nationale sur l'avenir du Québec et, auparavant, de la Commission Bélanger-Campeau, un gaspillage d'énergie néfaste pour les deux parties. Plus on tarde à régler ces différends, plus les coûts sociaux qui y sont rattachés risquent de s'accroître.

  • De plus, et c'est là un aspect important au plan de l'emploi, la part des dépenses fédérales structurantes qui revient au Québec dans le système actuel est en deçà de la juste part qui devrait lui revenir. Par exemple, le Québec se classe bon dernier en ce qui a trait aux dépenses d'immobilisation (édifices, laboratoires, infrastructures, etc.) du gouvernement fédéral per capita et ce, depuis un bon nombre d'années. Si le Québec avait reçu uniquement l'équivalent de la moyenne canadienne entre 1979 et 1991, ce sont plus de 2,5 milliards $ d'argent neuf qui auraient été investis sur son territoire.

  • En recherche et développement, le manque à gagner pour le Québec entre 1979 et 1991 atteint 2,5 milliards $ de fonds fédéraux. Au niveau des laboratoires de recherche du fédéral, le manque à gagner s'élève, pour la période de 1963 à 1991, à 5,3 milliards $. Ces milliards de dollars se traduisent par des milliers d'emplois en moins pour le Québec.

  • Comme l'affirme le Rapport de la Commission nationale sur l'avenir du Québec : « Le rapatriement unilatéral de la Constitution sans l'accord du Québec, en 1982, a provoqué une brisure complète du lien de confiance qui existait entre le Québec et le Canada depuis plus de 100 ans. Il s'agit probablement du bris de confiance le plus important de l'histoire du Québec ».

De nouveaux rapports Québec-Canada

Afin de consolider notre position dans l'espace économique Québec-Canada, le projet souverainiste contient une proposition de partenariat économique et politique avec le Canada. Elle inclut notamment la mise en place d'institutions communes telles qu'un Conseil du partenariat formé de ministres, une Assemblée parlementaire formée de députés et un Tribunal pour régler les différends relatifs au traité.

Cette proposition se veut un projet moderne qui, loin d'isoler le Québec, s'inscrit dans l'interdépendance économique qui caractérise le monde actuel et qui sera à la base des futures relations entre les peuples du monde.

En associant autonomie et partenariat, la souveraineté nous permettra d'atteindre l'objectif que nous poursuivons depuis longtemps : être maîtres chez nous tout en maintenant des liens avec le Canada.

2.  Le partanariat économique et politique avec le Canada

  • Le projet souverainiste du gouvernment du Parti Québécois prévoit que la proclamation de la souveraineté du Québec sera précédée d'une offre formelle de partenariat économique et politique avec le Canada.

  • À la suite d'un vote en faveur de la souveraineté, le gouvernement serait tenu de proposer au gouvernement du Canada la conclusion d'un traité de partenariat économique et politique. Dans l'Entente tripartite du 12 juin 1995, il était notamment proposé que soit « établi un comité d'orientation et de surveillance des négociations relatives au traité de partenariat, formé de personnalités indépendantes nommées par le gouvernement conformément à l'Entente tripartite. »

En quoi consistera l'offre formelle de partenariat ?

  • Le traité de partenariat prévoira les mesures qui permettront de maintenir et d'améliorer l'espace économique existant. Il établira également les règles de partage des actifs fédéraux et de la dette fédérale. Prioritairement, le traité verra à ce que le partenariat donne la capacité d'agir dans les domaines suivants : union monétaire, politique monétaire, libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes, et la citoyenneté. En outre, il sera possible de s'entendre dans d'autres domaines, en fonction des intérêts communs.

  • L'offre de partenariat prévoit également la proposition de mise sur pied d'institutions politiques communes et d'établissement de règles de fonctionnement qui seront nécessaires à la gestion du nouveau partenariat économique et politique. On prévoit notamment la mise en place d'un Conseil responsable de la mise en oeuvre du traité, d'une Assemblée parlementaire et d'un Tribunal pour régler les différends.

Pourquoi le partanariat est avantageux pour les deux parties ?

  • La valeur des échanges commerciaux entre le Québec et le reste du Canada représente 67,5 milliards $ (Statistique Canada, estimation de 1994). Ainsi, le Québec achète des biens et services aux autres provinces du Canada pour une valeur totale de 33,3 milliards $ et leur en vend pour 34,2 milliards $.

  • De l'Ontario seulement, nous achetons pour 22 milliards $. En fait, plus de 350 000 Canadiens travaillent grâce aux achats de biens et services que nous effectuons dans le reste du Canada. Au-delà des discours politiques et des prises de position de certains dirigeants politiques, il sera autant dans l'intérêt du Canada que dans celui du Québec de maintenir et de développer un partenariat économique.

  • Les sondages montrent que les gens d'affaires du Canada sont favorables au maintien d'une association économique entre le Québec et le Canada, advenant la souveraineté du Québec. Même l'Institut C.D. Howe (fédéraliste) constatait « qu'il existe un solide consensus à l'effet qu'il serait économiquement souhaitable de maintenir le statu quo au niveau des relations commerciales entre le Québec et le Canada et, mieux encore, de renforcer l'union économique canadienne ». (Broken Links : Trade Relations after a Québec Secession, 1991)

3.  Une nouvelle constitution pour le Québec

L'accession à la souveraineté signifiera le début du processus menant à l'adoption d'une nouvelle constitution pour le Québec. Il s'agit là d'un souhait qui a été repris par de nombreux intervenants lors des audiences des commissions régionales sur l'avenir du Québec.

La constitution : la loi fondamentale d'un état

Une constitution, c'est l'ensemble des règles qui décrivent la forme d'un État, son mode de fonctionnement et les droits de ses citoyens. Un tel document se situe au-dessus de toutes les lois d'un État. En fait, c'est la loi fondamentale d'où toutes les autres lois tirent leur autorité.

Quels éléments retrouve-t-on généralement dans une constitution ?

- Une charte des droits et libertés de la personne qui peut notamment comprendre:

  • des droits et libertés fondamentaux ;

  • des droits judiciaires ;

  • des droits politiques ;

  • des droits économiques et sociaux ;

- la définition des institutions de l'État (Assemblée nationale, tribunaux, etc.);

- les modes de nomination des chefs de l'État et du gouvernement ;

- la procédure de modification de la constitution ;

- la langue officielle ;

- la séparation des pouvoirs entre le législatif, l'exécutif et le judiciaire ;

- le caractère centralisé et décentralisé de l'État.

Évidemment, la population pourrait souhaiter que d'autres éléments soient inclus dans un projet constitutionnel global (une charte de l'environnement, à titre d'exemple). Cet exercice serait également relativement facile pour un Québec souverain, car il dispose déjà d'une certaine base constitutionnelle. En effet, le Québec possède déjà plusieurs des attributs d'un État dont un parlement, un système judiciaire et la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Comment sera élaboré le projet de constitution ?

Les dispositions du projet souverainiste du Parti Québécois prévoient la mise sur pied d'une commission constituante établie conformément aux prescriptions de l'Assemblée nationale et composée d'un nombre égal d'hommes et de femmes. De plus, il est prévu qu'on y retrouvera une majorité de non-parlementaires et qu'elle comprendra des Québécois d'origines et de milieux divers. On y favorisera la plus grande participation possible des citoyens dans toutes les régions du Québec. Le projet de la commission sera déposé à l'Assemblée nationale, qui en approuvera la teneur définitive, et sera ensuite soumis à la consultation populaire pour devenir, après son approbation, la loi fondamentale du Québec.

Certains éléments devront être inclus dans la nouvelle constitution, à savoir le caractère français du Québec, la protection et le développement de la culture québécoise, la primauté de la règle de droit, une charte des droits et libertés de la personne, la préservation des institutions et de l'identité de la communauté anglophone, le droit pour les autochtones de se gouverner sur des terres leur appartenant en propre et la reconnaissance de leurs droits constitutionnels existants et, finalement, l'affirmation du principe de la décentralisation des pouvoirs et l'attribution par la loi des ressources fiscales et financières aux autorités locales et régionales.

Il serait également souhaitable que le Parlement du Québec puisse adopter le texte d'une constitution transitoire qui serait en vigueur à compter de la date de l'accession à la souveraineté jusqu'à l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution du Québec.

Un tel processus où la population est appelée à voter sur l'ensemble du contenu de sa constitution n'a jamais eu cours dans le passé. Pensons à la modification en profondeur de la Constitution canadienne en 1982, qui a fait l'objet d'une dénonciation unanime de tous les partis politiques de l'Assemblée nationale, et sur laquelle la population du Québec n'a jamais été appelée à se prononcer.

4.  La langue française

Les aspiration des Québécoises et québécois

Parmi les valeurs fondamentales du peuple québécois figurent sans l'ombre d'un doute la protection et l'épanouissement de la langue française. À la suite des nombreuses recommandations des commissions régionales et de la Commission nationale sur l'avenir du Québec, le préambule du Projet de loi sur l'avenir du Québec déposé avant la tenue du référendum d'octobre 1995 déclarait : « Nous proclamons notre volonté de vivre dans une société de langue française. »

De même, l'article 7 de ce projet de loi énonçait que : « La nouvelle constitution précisera que le Québec est un pays de langue française. »

La situation lingistique actuelle : un besoin de consolider l'identité culturelle française

On pourrait croire que, depuis l'adoption de la Charte de la langue française (loi 101), l'avenir du français est confortablement assuré au Québec. Cependant, s'il est vrai que, depuis plusieurs décennies, le Québec est le seul endroit au Canada où la langue française ne subit pas de recul, les gains enregistrés ont été mineurs.

Dix-huit ans après l'adoption de la Charte de la langue française, la situation sur l'île de Montréal demeure préoccupante. En effet, si l'île de Montréal continue d'accueillir à elle seule plus de 70 % des nouveaux arrivants et que le taux de natalité des francophones demeure stationnaire, les non-francophones pourraient bien former, à très brève échéance, plus de la moitié de sa population. Ils forment déjà plus de 50 % de la population scolaire montréalaise.

Alors qu'on aurait pu s'attendre à une inversion des tendances avec la loi 101, la langue anglaise continue d'exercer pour les immigrants à Montréal un pouvoir d'attraction supérieur à celui du français. N'oublions pas que les francophones du Québec ne représentent que 2 % de la population au nord du Mexique, territoire où domine très largement l'anglais. Dans ce contexte, il est impératif que le gouvernement du Québec procure à la langue française la protection et les ressources nécessaires à sa préservation et à son développement.

La loi constitutionnelle canadienne liite la capacité du Québec en matière linguistique

La Charte de la langue française a été conçue pour assurer la protection et la diffusion du français au Québec. Elle régit le statut des langues dans trois secteurs : les institutions publiques, la vie économique et l'éducation. Dans chacun de ces secteurs cependant, la loi 101 a été progressivement réduite dans ses pouvoirs et dans son extension. Un certain nombre de ses dispositions ont été successivement invalidées par les tribunaux.

Il faut également souligner que la nouvelle Loi sur les langues officielles, adoptée en 1988 par le Parlement fédéral, est difficilement compatible avec la politique linguistique actuelle du Québec. Les objectifs de la Loi sur les langues officielles et ceux de la Charte de la langue française ne sont pas les mêmes. En effet, l'objectif proposé par la loi fédérale est de faire la promotion du bilinguisme au Canada alors que la Charte de la langue française stipule que le français est la langue officielle du Québec. Dans son préambule, la Charte affirme que l'Assemblée nationale est résolue à faire du français la langue de l'État et de la loi aussi bien que la langue normale et habituelle de travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires.

5.  La décentralisation : un choix de société

Les aspirations de la population

Des consultations des commissions régionales sur l'avenir du Québec et de la Commission Bélanger-Campeau, il ressort clairement que la décentralisation constitue un objectif et une priorité pour les Québécoises et les Québécois. Comme l'a recommandé la Commission nationale sur l'avenir du Québec, la décentralisation doit être le fondement de la nouvelle organisation politique d'un Québec souverain.

La décentralisation apparaît comme le moyen par excellence pour rétablir et renforcer le lien de confiance entre la population et ses élus. Elle peut mieux soutenir l'imagination et la capacité des collectivités locales et régionales dans leur volonté de développement économique, social et culturel. C'est pourquoi la nouvelle constitution d'un Québec souverain devra affirmer le principe de la décentralisation. Des pouvoirs spécifiques et des ressources fiscales et financières correspondantes devront être attribués par la loi aux autorités locales et régionales.

Un Québec souverain pour gérer nos affaires en fonction de nos besoins

En accédant à la souveraineté, le peuple du Québec acquiert la capacité de répartir les pouvoirs et les ressources financières entre les instances locales, régionales, le gouvernement et l'Assemblée nationale. Souverain, le Québec dispose alors des moyens de convier l'ensemble de la population à définir quelle forme doit prendre la décentralisation. En fait, la décentralisation ne peut être dissociée du statut politique du Québec.

La décentralisation fait en sorte que chaque citoyen est en mesure de partager autonomie et responsabilité. C'est un choix de société, un projet collectif à construire, un projet exigeant et engageant, mais que seul un Québec souverain est en mesure de réussir pleinement.

Le statut de province ligote en quelque sorte le gouvernement du Québec. En effet, dans le contexte du fédéralisme canadien, procéder à une véritable décentralisation aurait pour effet pervers d'affaiblir considérablement l'État du Québec, tout en laissant intact l'ensemble des compétences fédérales, lesquelles se retrouvent encore plus loin de la population. Il est illusoire de penser à un transfert massif des pouvoirs et des ressources vers les régions dans le cadre actuel puisqu'un tel transfert ne serait que partiel, tout en réduisant la capacité du gouvernement du Québec de défendre les intérêts des Québécoises et des Québécois face aux interventions du fédéral.

Bilan du fédéralisme canadien en matière de développement régional

L'analyse des dépenses fédérales en matière de développement régional, pour la période de 1984 à 1995, permet de constater un manque à gagner global de 400 millions $ pour le Québec et ce, sur la base de la méthode d'attribution des fonds développée par le gouvernement fédéral, méthode qui met en relation la population et le nombre de chômeurs par région. Si le Québec avait reçu sa juste part, ce sont 600 emplois qui auraient pu être créés à chaque année. L'analyse des activités du Bureau fédéral de développement régional (Québec) montre que 89 % des budgets de transferts sont en chevauchement avec des activités du Secrétariat au développement des régions du Québec. Les contribuables québécois paient donc, par l'entremise de leurs impôts et taxes, pour une duplication des équipes d'analyse de projets en région. La double structure impose aux Québécois des frais de fonctionnement additionnels de plus de 20 millions de dollars par année.

Le gouvernement du Québec n'obtient pas sa juste part des fonds fédéraux alloués au développement des régions. En outre, le cadre fédéral ne permet ni au gouvernement du Québec ni aux régions d'avoir le plein contrôle des outils de développement régional. Cette situation ne se traduit pas uniquement en termes de dédoublements, de tracasseries administratives ou de luttes politiques mais aussi par des pertes importantes d'emplois. Alors que l'approche du Québec repose sur la responsabilisation des intervenants régionaux, celle du fédéral repose sur des politiques nationales et des interventions unilatérales et centralisées. En outre, le gouvernement fédéral crée et supporte des organismes qui font concurrence aux Conseils régionaux de développement qui sont appuyés financièrement par le Québec.

Dans un Québec souverain, les régions auront davantage de pouvoirs et de moyens financiers pour développer leur dynamisme et leur capacité d'adaptation et d'innovation. Ce sont les acteurs socio-économiques et communautaires des collectivités locales et régionales qui sont les mieux placés pour définir les enjeux, les projets porteurs de progrès et les approches novatrices.

6.  L'emploi : récupérer pouvoirs et compétences pour développer l'emploi au Québec

Au Québec, le travail c'est important

Le travail est fortement valorisé dans notre société, non seulement parce qu'il permet d'assurer l'indépendance et la sécurité économiques, mais aussi parce qu'il répond à un besoin humain fondamental qui est celui de se réaliser et de contribuer à la vie collective. Chacun sait que l'épanouissement de notre société, le progrès social, la solidarité et l'égalité des chances passent par l'emploi.

La question de l'emploi, la lutte au chômage et la définition de nouvelles stratégies en matière d'emploi sont des thèmes qui sont revenus constamment lors des travaux des commissions sur l'avenir du Québec. Les citoyens et les groupes ont demandé que l'organisation sociale et économique de notre société soit révisée afin d'assurer du travail à tous ceux qui désirent travailler. Comme le confirment tous les sondages, cette préoccupation pour l'emploi est largement partagée par l'ensemble de la population du Québec.

La situation du Québec au sein du fédéralisme canadien

  • Le gouvernement fédéral justifie bon nombre de ses interventions par la nécessité d'assurer une meilleure répartition des richesses entre les différentes régions du Canada. Pourtant, lorsqu'on examine les indicateurs économiques, on constate que les résultats sont loin d'être probants pour le Québec.

  • Au Québec, le taux de chômage oscille, depuis quelques années, autour de 12 %. Historiquement, le taux de chômage au Québec a toujours été significativement plus élevé que dans le reste du Canada.

  • Selon le Conseil national du bien-être social, un organisme canadien, c'est au Québec que le taux de pauvreté est le plus élevé, dépassant celui des provinces maritimes. En 1993, 20,7 % de la population québécoise vit sous le seuil de pauvreté. Pour la période de 1986 à 1993, les taux de pauvreté du Québec sont les plus élevés au Canada alors que ceux de l'Ontario sont les plus bas. En 1993, 45 % des personnes seules vivent sous le seuil de pauvreté au Québec comparativement à 32,7 % en Ontario. Pour les familles, c'est le cas pour 17,6 % des familles québécoises alors qu'en Ontario, le pourcentage est de 13,4 %.

  • L'agence canadienne de cotation Dominion Bond Rating Service (DBRS) évalue que, pour les exercices financiers 1996-1997 et 1997-1998, le Québec subira une baisse de 28,1 % des transferts fédéraux. Seule l'Ontario, province plus riche, subira une diminution plus forte (43 %). Toutes les autres provinces dites pauvres enregistreront des baisses de 2 % ou moins. Le Québec subira donc une baisse beaucoup plus substantielle et ce, même s'il connaît les taux de chômage et de pauvreté parmi les plus élevés au Canada.

Bilan du fédéralisme canadien en matière de politique d'emploi

  • Les gouvernements du Québec et du Canada consacrent au marché du travail québécois 10 milliards $* par année. Toutes proportions gardées, c'est près de deux fois plus de fonds publics que nos principaux concurrents commerciaux qui sont les pays membres de l'OCDE. Il ne s'agit donc pas d'augmenter les dépenses publiques pour lutter contre le chômage mais de revoir l'ensemble des interventions gouvernementales dans ce domaine. Un des éléments de la problématique est que l'accent est mis sur les mesures passives, c'est-à-dire les mesures de soutien de revenu (prestations d'assurance-emploi et de sécurité du revenu), au détriment des mesures actives que sont la formation professionnelle et les autres mesures d'insertion, de qualification et de perfectionnement de la main-d'oeuvre.

* En 1995, ce montant comprend toutes les mesures actives et passives financées par les employeurs et les salariés via la caisse de l'assurance-emploi (5 milliards $), les programmes fédéraux d'employabilité (180 millions $), l'aide sociale pour les personnes aptes au travail (4 milliards $), les mesures d'employabilité du ministère de la Sécurité du revenu (250 millions $), et les programmes de la Société québécoise de développement de la main-d'oeuvre (200 millions $).
  • Dans le contexte constitutionnel actuel, la révision de nos façons de faire sur le marché du travail apparaît comme une mission impossible : empiétement du gouvernement fédéral, dispersion des ressources entre le Québec et le gouvernement fédéral, multiplication des intervenants et absence de coordination. Seulement en termes de chevauchements et de dédoublements entre les deux ordres de gouvernement, les coûts sont estimés (en 1995) à plus de 250 millions $ par année. En fait, le gouvernement fédéral continue d'occuper ce champ malgré le consensus qui existe entre les représentants des organismes patronaux, syndicaux, coopératifs, communautaires et le gouvernement du Québec pour que soit rapatrié l'ensemble de la compétence en matière d'éducation et de formation professionnelle.

  • Comme le constatait, en 1991, le défunt Conseil économique du Canada (CEC) : « il est utopique d'imaginer que le Canada aurait pu reproduire des institutions et des mécanismes semblables à ceux qui existent au Japon, en Suède ou en Autriche. (...) À la différence de ces pays, le Canada se distingue par son régime politique fédéral, sa diversité culturelle et linguistique, une forte tradition de libéralisme et d'individualisme, l'étendue de son territoire et d'énormes différences régionales ». Ce constat amenait le CEC à poser la question suivante : « Le Canada aurait-il pu surmonter cette myriade d'obstacles qui semblent avoir entravé l'institutionnalisation d'un engagement en faveur du plein emploi ? »

Le Québec ne reçoit pas sajuste part des dépenses fédérales créatrices d'emplois

  • Le Québec se classe bon dernier en ce qui a trait aux dépenses d'immobilisation du gouvernement fédéral per capita et cette situation perdure depuis bon nombre d'années. En effet, Statistique Canada indique qu'en 1991, le Québec a reçu 57 $ per capita alors que l'Ontario recevait 152 $. Entre 1979 et 1991, si le Québec avait reçu uniquement l'équivalent de la moyenne canadienne, ce sont 2,5 milliards $ de dépenses d'immobilisation et des centaines de millions $ de dépenses d'opération qui auraient été réalisées sur son territoire. Cela se traduit par un manque à gagner récurrent pour plusieurs générations. Ces 2,5 milliards $ auraient pu assurer annuellement 4 000 emplois dans les secteurs de la construction et autres secteurs connexes.

  • Depuis le début des années 1950, près de 35 milliards $ ont été dépensés par le gouvernement fédéral, dans tout le Canada, dans des projets économiques majeurs dans le domaine des ressources naturelles, projets qui ont eu peu de retombées économiques au Québec. Mentionnons, entre autres, l'appui financier de 5 milliards $ du gouvernement fédéral à la filière nucléaire qui a surtout profité à l'économie de l'Ontario; les 11 milliards $ dépensés au cours des années 80 dans des programmes d'exploration et de mise en valeur des produits pétroliers de l'Ouest canadien ; les prêts, les dotations en capital et les avances de plus de 5 milliards $ qui ont servi à appuyer les activités de Pétro-Canada dont l'actif est principalement situé dans l'Ouest. Plus récemment, le gouvernement fédéral s'est engagé à verser plus de 1,1 milliard $ en subventions et une aide au financement de l'ordre de 1,8 milliard $ au projet Hibernia au large de Terre-Neuve. Ces projets porteurs d'avenir ont bénéficié aux autres provinces pendant que le Québec supportait seul le développement de son potentiel hydroélectrique.

  • En matière de recherche et de développement, l'Ontario a reçu 50,1 % des fonds fédéraux entre 1979 et 1991, comparativement à 18,5 % pour le Québec. Compte tenu de son poids démographique, de son économie et de ses efforts scientifiques et technologiques, le Québec accuse un sous-financement du gouvernement fédéral en science et technologie de 2,5 milliards $ pendant cette période.

  • En ce qui a trait aux laboratoires de recherche du gouvernement fédéral, le manque à gagner du Québec atteint, entre 1963 et 1991, 5,3 milliards $. L'absence de laboratoires fédéraux au Québec en sciences naturelles et en génie se traduit par un déficit de plus de 2 200 personnes-année en 1991, soit plus de huit fois le niveau de personnel de l'Institut de recherche en biotechnologie et de l'Institut des matériaux industriels réunis, deux des plus importants laboratoires situés à Montréal.

  • Même si la nouvelle approche du gouvernement fédéral en matière de recherche et de développement favorise un rapprochement avec l'industrie, on constate qu'avec 30 % des entreprises actives en recherche et développement au pays, le Québec ne reçoit que 13,9 % des fonds alloués aux laboratoires de recherche fédéraux.

  • Dans le secteur des pêches, les décisions fédérales sur la répartition des stocks auxquels ont accès les pêcheurs québécois et l'impossibilité d'avoir accès à la zone de 200 milles dans l'Atlantique ont eu des répercussions importantes. Pour la période de 1982 à 1995, on constate une perte en chiffre d'affaires de 200 millions $ pour les usines de transformation. Pour les emplois en usine, cela représente 121 000 semaines non travaillées, soit une perte en masse salariale de 34 millions $. Sur une base annuelle, les pêcheurs québécois ont subi une perte récurrente de 432 emplois saisonniers de 20 semaines, ce qui représente 3,4 millions $ en manque à gagner.

  • En matière de logement social, les dépenses fédérales totalisent 12 milliards $ pour la période de 1987 à 1994. La part accordée au Québec dépasse à peine 18 %. Ce pourcentage est bien inférieur à la proportion de ménages québécois ayant besoin de logements sociaux qui est de 29 % (1993) et il est également inférieur au poids démographique du Québec (24,9 %). Notons que l'établissement de la proportion des ménages qui ont des besoins de logements sociaux est fait sur la base d'un modèle officiel reconnu par les provinces et le gouvernement fédéral. En fait, sur la base des besoins reconnus, le Québec aurait dû recevoir 3 milliards $ plutôt que 2,2 milliards $. L'écart de plus de 800 millions $ entre le montant global reçu et celui qui aurait dû être reçu représente 1 840 emplois par année et 21,9 millions $ en retombées fiscales annuelles pour le Québec.

  • L'analyse des dépenses en matière de développement régional pour la période de 1984 à 1994 permet de constater, on l'a déjà souligné, un manque à gagner de près de 400 millions $ pour le Québec et ce, sur la base de la méthode d'attribution des fonds développée par le fédéral; méthode mettant en relation la population et le nombre des chômeurs par région. Si le Québec avait reçu sa juste part, ce sont 600 emplois qui auraient pu être créés à chaque année.

Un Québec souverain : récupérer pouvoirs et compétences pour mieux relever le défi de l'emploi

  • Dans le contexte de la mondialisation des échanges et du développement des nouvelles technologies, c'est la cohésion sociale qui fait maintenant la force des nations performantes. En effet, ce sont la capacité d'établir des consensus sociaux sur les enjeux et les priorités ainsi que la capacité de réagir rapidement qui sont les meilleurs atouts à l'heure actuelle. Les Québécois ont la chance, en raison de leurs valeurs, de leur histoire et de leur culture, de jouir d'une forte cohésion sociale distincte de celle du reste du Canada.

  • Comme le constatait le Conseil économique du Canada, la définition d'une stratégie de l'emploi efficace apparaît comme une mission impossible pour le Canada. Il en va tout autrement pour le Québec. En effet, comparativement à la tradition individualiste anglo-américaine, nous avons développé dans le secteur de la main-d'oeuvre et de l'emploi et ce, depuis plusieurs années, une approche originale de partenariat et de concertation. Nous nous sommes dotés de lieux et d'institutions comme le Forum pour l'emploi, la Société québécoise de développement de la main-d'œuvre (SQDM) et les Conseils régionaux de développement qui permettent aux partenaires du monde du travail de discuter des enjeux et d'établir des consensus sur les priorités d'action.

  • Dans un Québec souverain, cette cohésion sociale et ce modèle de concertation pourront prendre toute leur force. Nous aurons la capacité et la maîtrise d'oeuvre nécessaires pour mettre en place une stratégie nationale de l'emploi qui prendra appui sur la participation de tous les partenaires du marché du travail ainsi que sur les groupes communautaires. Cette action s'appuiera également sur une décentralisation des pouvoirs et des décisions, une demande largement exprimée par la population. En effet, ce sont les acteurs socio-économiques des régions qui sont les mieux placés pour définir les enjeux, les projets porteurs de progrès économiques et social et surtout, les nouvelles approches novatrices.

  • Le rapatriement des pouvoirs permettra d'harmoniser, de regrouper et de simplifier les mesures et d'offrir des services intégrés aux personnes en recherche d'emploi, aux prestataires de l'assurance-emploi ainsi qu'aux bénéficiaires de la sécurité du revenu aptes au travail. Nous serons capables de réviser en profondeur nos façons de faire et de mettre l'accent sur le développement de nos ressources humaines.

7.  La citoyenneté québécoiseI

En droit international, chaque État détermine qui sont ses nationaux ou citoyens, c'est-à-dire à qui il accorde la citoyenneté. Lors de l'accession du Québec à la souveraineté, il appartiendra au Québec de déterminer qui détiendra la citoyenneté québécoise. Il devra également en établir les règles d'acquisition pour ses immigrants. Le Québec émettra un passeport portant la mention de la citoyenneté québécoise.

Advenant la soiuveraineté du Québec, qui sera citoyen québécois ?

Au moment de l'accession à la souveraineté :

  • tout citoyen canadien qui est domicilié au Québec ;

  • toute personne, née au Québec, qui est domiciliée à l'extérieur du Québec à la date de l'accession à la souveraineté et qui réclame la citoyenneté québécoise.

Après l'accession à la souveraineté :

  • dans les deux ans qui suivent la date de l'accession à la souveraineté, toute personne ayant la citoyenneté canadienne qui vient s'établir au Québec ou qui, sans être domiciliée au Québec, y a établi des liens manifestes ;

  • toute personne qui naîtra à l'extérieur du Québec d'un père ou d'une mère ayant la citoyenneté québécoise ;

  • la citoyenneté québécoise pourra aussi être obtenue dans les cas et aux conditions prévues par la loi.

Pourrons-nous détenir plus d'une citoyenneté

En raison de la fréquence croissante des échanges internationaux, le cumul des citoyennetés tend à devenir de plus en plus courant à travers le monde. Bon nombre de pays ont adopté des mesures législatives sur le cumul des citoyennetés au cours des dernières années. Parmi les nombreux pays qui acceptent que leurs citoyens adoptent plus d'une citoyenneté, on retrouve le Canada, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, l'Italie et la Fédération de Russie.

Comme la législation fédérale actuelle, la législation du Québec permettra de cumuler la citoyenneté québécoise et celle du Canada et de tout autre pays.

Les Québécois pourront-ils conserver la citoyenneté canadienne ?

La citoyenneté canadienne relève de l'autorité du gouvernement du Canada. En vertu de la loi fédérale actuelle, la double citoyenneté est permise aux ressortissants des pays étrangers. Après l'accession à la souveraineté, tout citoyen du Québec pourrait donc conserver sa citoyenneté canadienne, à moins que le gouvernement canadien n'amende sa loi en abolissant la double citoyenneté, enlevant ainsi ce privilège à des centaines de milliers de personnes de toutes les origines.

8.  L'intégrité des frontières du Québec

Le Québec souverain conservera les frontières qui sont les siennes au sein de la fédération canadienne à la date de son accession à la souveraineté. Il exercera ses compétences sur son territoire terrestre, aérien et maritime, de même que sur les espaces adjacents à ses côtes conformément aux règles du droit international.

Le territoire terrestre

Le territoire du Québec pourra-t-il subir des modifications au moment de l'accession à la souveraineté?

En vertu de la Constitution canadienne actuelle, le territoire d'une province ne peut être modifié sans son consentement. Le Québec a un droit inaliénable sur son territoire, et ses frontières ne peuvent être modifiées sans l'accord de l'Assemblée nationale.

Advenant l'accession du Québec à la souveraineté, la question du territoire ne relève plus de la Constitution canadienne mais bien du droit international. Selon la règle du droit international, un État qui devient souverain conserve intactes ses frontières. Le respect de l'intégrité territoriale du Québec sera assuré. Depuis 1990, le gouvernement canadien a lui-même reconnu plus de vingt anciens États fédérés avec les territoires qu'ils avaient avant leur accession à la souveraineté.

Les frontières du Québec souverain seraient-elles les frontières actuelles ou celles de la province de Québec au moment de la formation de la fédération canadienne en 1867 ?

Les frontières du Québec souverain seraient les frontières actuelles et comprendraient les territoires attribués au Québec par les lois fédérales de 1898 et de 1912. En 1898 et en 1912, le territoire du Québec a été prolongé jusqu'à la rive de la baie et du détroit d'Hudson et jusqu'à la rive de la baie d'Ungava. Selon l'avis des experts internationaux, consultés par une commission de l'Assemblée nationale en mai 1992, ces territoires font, sans restriction, partie intégrante du territoire du Québec. Le droit international est applicable à un nouvel État, non pas avec effet rétroactif, mais à son territoire tel qu'il existe au moment de son accession à la souveraineté.

Les experts soulignent aussi que les peuples autochtones de ces territoires ont renoncé à leurs droits traditionnels, aux termes de l'article 2.1 de la Convention de la Baie-James. Les Cris de la Baie-James (12 000 h.) et les Inuit de l'Ungava (8 000 h.) et les Naskapis bénéficient déjà d'une autonomie dans plusieurs domaines dont les affaires sociales, la santé, l'éducation et les droits de chasse. Il est prévu que leur droit de se gouverner sur des territoires leur appartenant sera enchâssé dans la Constitution d'un Québec souverain.

Qu'adviendrait-il s'il y avait des revendications visant à redéfinir le territoire du Québec ?

Les experts ont conclu à ce sujet que le principe de la continuité juridique fait prévaloir l'intégrité territoriale du Québec, garantie tant par le droit constitutionnel canadien que par le droit international, sur des revendications visant à démembrer le territoire du Québec, que celles-ci émanent :

- des autochtones du Québec, qui ont tous les droits appartenant aux minorités, auxquels s'ajoutent ceux reconnus aux peuples autochtones par le droit international, sans qu'il en résulte un quelconque droit de sécession ;

- de la minorité anglophone, dont la reconnaissance ne porte pas atteinte à l'intégrité territoriale du Québec, en vertu du droit international ;

- des personnes résidant dans certaines régions frontalières du Québec, qui, en tant que telles, ne bénéficient d'aucune protection particulière au regard du droit international.

Le territoire maritime

Fondé sur l'adage traditionnel selon lequel « la terre domine la mer », le droit international reconnaît à tout État souverain un droit inhérent à des espaces maritimes. En s'appuyant sur le droit international, le gouvernement du Québec proposera au gouvernement du Canada de négocier la délimitation des territoires maritimes des deux États. Si de telles négociations sont infructueuses, le Québec pourra recourir à l'arbitrage international.

L'espace aérien

L'espace aérien fait partie intégrante du territoire d'un pays. L'utilisation de l'espace aérien d'un État par les autres États est régie par des conventions et ententes internationales négociées entre États.

9.  L'utilisation de la monnaie canadienne

  • Advenant la souveraineté, la monnaie qui a cours légal au Québec demeure le dollar canadien.

  • Dans un contexte de globalisation des marchés, les associations économiques représentent la réponse moderne aux besoins de développement économique tout en respectant les besoins d'autonomie politique et culturelle des peuples. C'est pourquoi nous prévoyons soumettre au reste du Canada une offre de partenariat économique et politique qui comprend notamment une union monétaire, c'est-à-dire l'utilisation de la même monnaie.

Un Québec souverain peut-il continuer d'utiliser la monnaie canadienne ?

  • Les experts sont unanimes à ce sujet : un Québec souverain peut utiliser la monnaie canadienne. Le dollar canadien est une devise qui s'échange sur les marchés internationaux, comme le dollar américain, le yen japonais et le franc français.

  • Les Québécois possèdent actuellement plus de 100 milliards de dollars canadiens, ce qui correspond à près du quart de la monnaie canadienne. C'est la richesse du ou des États qui utilisent une monnaie qui fait la force de celle-ci. Le Canada a donc tout intérêt à ce que le Québec continue d'utiliser la monnaie canadienne, d'autant plus que les transactions commerciales entre ces deux partenaires représentent 67,5 milliards $ (Statistique Canada, estimation 1994).

Pourquoi utiliser la monnaie canadienne ?

  • L'utilisation de la même monnaie permet de faciliter les flux financiers nécessaires pour les investissements ainsi que pour l'exportation et l'importation de biens et de services.

  • L'intensité des échanges de biens, de services et de capitaux qui existent entre le Québec et le reste du Canada fait en sorte qu'il est avantageux pour les deux parties de conserver la même monnaie, puisqu'on évite ainsi les frais de transaction liés à la conversion des devises.

  • On assure une meilleure stabilité économique en confortant les marchés financiers puisque l'utilisation de la monnaie canadienne élimine les risques de variation du taux de change.

10.  La dette fédérale et les actifs fédéraux

La dette fédérale atteignait 574 milliards $ en mars 1996, ce qui représente 74 % du produit intérieur brut (PIB) canadien. Quant à la dette québécoise, elle s'élevait à 76,5 milliards $, soit 44 % du PIB du Québec.

Sommes-nous tenus d'assumer une partie de la dette du fédéral ?

  • Le partage de la dette et de l'actif est balisé, dans une certaine mesure, par des règles de droit international. Ainsi, le doit international coutumier propose un partage équitable des dettes et une répartition de l'actif généralement selon le principe de la territorialité. Alors, même si la dette fédérale ne lie pas le gouvernement du Québec puisque ce dernier n'est par partie aux contrats d'emprunts, le Québec entend assumer sa juste part de la dette fédérale. C'est pourquoi nous entendons conclure avec le gouvernement du Canada tout accord susceptible de faciliter le partage équitable de l'actif et du passif du gouvernement fédéral.

Avons-nous la capacité d'assumer une partie de la dette du fédéral ?

  • La récupération des 30 milliards $ en impôts et taxes que nous versons actuellement à Ottawa permettra au gouvernement du Québec d'assurer la continuité des services et d'assumer la part québécoise de la dette fédérale. En outre, en éliminant les dédoublements et les chevauchements qui existent actuellement entre le fédéral et le Québec, le gouvernement du Québec pourra faire des économies d'ordre administratif qui pourraient atteindre, selon certains experts, 3 milliards $ par année.

  • Avec un PIB de 170 milliards $, le Québec souverain disposera d'un pouvoir d'emprunt adéquat pour financer ses investissements et assurer le service de sa dette, y compris sa part de la dette fédérale.

Qu'adviendra-t-il des actifs du fédéral situés sur le territoire québécois ?

  • Selon ce qu'on appelle en droit international les règles relatives à la « succession d'États », les biens publics fédéraux situés sur le territoire québécois passeront automatiquement sous propriété du gouvernement du Québec. C'est en assumant notre part de la dette du gouvernement fédéral que nous nous trouverons à payer pour les actifs que nous garderons. Quant aux autres actifs ailleurs au Canada et à l'étranger, auxquels le Québec a contribué, il en sera aussi tenu compte dans le partage global de la dette.

Comment se fera le partage de la dette et des actifs ?

  • Le Québec entend assumer sa juste part de la dette fédérale ; plusieurs formules de partage ont été avancées. La méthode Bélanger-Campeau, quant au partage de l'actif du passif du gouvernement fédéral, repose sur le principe que la part de la dette fédérale due à des tiers que le Québec accepterait d'assumer serait équivalente à sa part de l'actif fédéral total (18,5 %). Depuis, d'autres études ont utilisé des critères de répartition différents. L'étude plus récente réalisée par les actuaires Claude Lamonde et Jacques Bolduc, pour le compte du gouvernement québécois, conclut que le Québec devrait assumer 17,4 % de la dette fédérale en se fondant sur une notion de bénéfices historiques.

  • Le Québec entend proposer une formule de partage de la dette fédérale qui soit juste et équitable en prenant en compte l'actif que chacun conservera et qui respectera la capacité de payer de chacun.

11.  LES PENSIONS DE VIEILLESSE ET AUTRES PRESTATIONS

Avec la souveraineté, qu'adviendra-t-il des services offerts par le gouvernement canadien ?

Les services actuellement offerts par le gouvernement fédéral aux individus, aux organismes et aux entreprises seront assumés par le gouvernement du Québec. Le gouvernement du Québec versera les pensions de vieillesse, les prestations d'assurance-chômage et autres allocations.

Le gouvernement du Québec sera-t-il en mesure d'assumer les coûts de ces services ?

Rappelons que les Québécois envoient à Ottawa près de 30 milliards $ par année en taxes et en impôts. Le gouvernement fédéral n'a jamais fait la charité aux Québécois : c'est nous qui payons, à même nos impôts, les services que nous recevons du gouvernement fédéral. Une fois souverain, le Québec récupérera ce montant et c'est de cette façon qu'il pourra financer le maintien des services et le paiement des prestations. De plus, en éliminant les dédoublements et les chevauchements et en rationalisant certaines dépenses, il pourra le faire à moindres coûts.

Les personnes âgées recevront-elles leur pension de vieillesse après l'accession à la souveraineté ?

Le gouvernement du Québec devra verser aux bénéficiaires de la pension de la sécurité de la vieillesse les prestations administrées actuellement par le gouvernement du Canada. Les pensions et suppléments payables aux personnes âgées et aux anciens combattants continueront d'être payés par le gouvernement suivant les mêmes barèmes et conditions.

C'est grâce aux impôts qu'il perçoit au Québec que le gouvernement fédéral verse des allocations aux personnes âgées et à d'autres catégories de personnes. Un Québec souverain récupérera les impôts payés par ses citoyens au gouvernement fédéral ; il disposera donc des ressources fiscales nécessaires pour prendre immédiatement la relève du gouvernement fédéral dans le paiement des pensions et allocations. La seule différence, c'est que le chèque viendra de Québec plutôt que d'Ottawa.

Les régimes de retraite privés

Tous les régimes de retraite privés, incluant ceux applicables aux employés du gouvernement du Canada, continuent de s'appliquer aux personnes résidant au Québec. Il s'agit de régimes contractuels qui concernent uniquement les employeurs et les employés couverts par ces régimes. D'après les experts consultés par la Commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté, sur le plan du droit international, le versement par le gouvernement du Canada des pensions aux employés des ministères et agences fédérales constitue une obligation du Canada à l'endroit de ses employés, à moins d'un accord contraire avec le Québec.

Les familles continueront de recevoir des allocations familiales

Dans le cas des allocations familiales, le Québec et le Canada ont chacun un régime d'aide aux familles avec enfants qui diffère considérablement. Le rapatriement du programme d'Ottawa, financé à même nos impôts, permettra d'intégrer les divers programmes dans une seule politique familiale unique et cohérente de soutien financier.

12.  Le commerce extérieur du Québec, son adhésion à l'ALÉNA et à l'OMC

Le commerce extérieur : locomotive de l'économie québécoise

De tout temps, l'exportation de biens et de services a constitué pour le Québec une partie importante de ses débouchés. Au cours des années 1990, cependant, nous avons passé des caps importants. La mondialisation, la multiplication des accords qui libéralisent le commerce international et continental, les variations des taux de change, la capacité des entreprises québécoises à profiter de ces ouvertures ont changé la donne.

En 1990, 43% de notre produit intérieur brut était exporté à l'extérieur des frontières québécoises, ce qui était déjà beaucoup. En 1995, c'est maintenant 53% de nos biens et services qui traversent nos frontières.

Il y a dans cette nouvelle réalité deux constats. Le premier constat, c'est que, quoiqu'on en dise, l'économie québécoise sait tirer son épingle du jeu économique international. En richesses naturelles, comme pour les produits en haute valeur ajoutée, le Québec est un joueur important. Nous sommes le neuvième partenaire commercial des États-Unis.

Malgré les problèmes conjoncturels que nous avons connus et connaissons encore, l'économie québécoise est intrinsèquement saine et dynamique, ses produits sont de bonne qualité à bon prix, ses entrepreneurs sont actifs et ambitieux. De telle sorte qu'en 1995, nous avons vendu pour 85 milliards de dollars canadiens de produits à l'extérieur de nos frontières.

Le second constat, c'est que le Québec est indissolublement lié au reste du monde. Davantage, en fait, que la majorité des peuples. En proportion de notre PIB, nous exportons nettement plus que le Canada anglais, et nous exportons cinq fois plus que l'économie américaine -- qui s'appuie sur son énorme marché intérieur. Notre richesse collective, le bien-être des femmes et des hommes du Québec, dépendent directement de la capacité de nos entreprises à tenir et ouvrir des parts de marché ailleurs dans le monde.

L'accélération de la croissance des exportations de marchandises peut s'expliquer par divers facteurs, dont l'amélioration de la compétitivité des firmes québécoises dans certains secteurs industriels, la mise en opération au Québec de nouvelles capacités de production, l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), un environnement économique favorable aux États-Unis comme au Canada et la faiblesse de la devise canadienne.

En 1996, les dix principaux clients du Québec étaient les États-Unis qui achètent 81, % de nos exportations, l'Allemagne (2,2 %), la France (2,0 %), le Royaume-Uni (1,7 %), les Pays-Bas (1,3 %), le Japon (1,2 %), la Corée du Sud (0,8 %), l'Italie (0,7 %), le Brésil (0,5 %) et l'Autriche (0,5 %). Au niveau international, les États-Unis demeurent le principal client du Québec. Ils sont également notre principal fournisseur.

Traditionnellement, les exportations québécoises provenaient majoritairement du secteur des ressources naturelles sous forme de produits non transformés. Ce n'est plus le cas. Le Québec exporte désormais des produits ayant une plus grande valeur ajoutée et une plus grande teneur technologique. En 1994, les dix principaux produits exportés sont le matériel de transport (automobile et avionnerie), l'équipement de télécommunications et les produits de ressources (aluminium, pâtes et papier, bois d'oeuvre, cuivre et métaux précieux).

Historiquement le Canada à été notre partenaire commercial privilégié. Globalement, entre 1991 et 1995, nos exportations en direction du reste du Canada ont crû de 4 %.

Cet espace économique canadien, nous tenons à le préserver. Lorsque les Québécois choisiront majoritairement de faire du Québec un pays souverain, notre premier geste sera de proposer à nos voisins canadiens des moyens de préserver ce sur quoi nous sommes les plus souvent d'accord.

Entre 1991 et 1995, nos exportations internationales ont augmenté de 84%. Il faut prendre la mesure de la signification de cette augmentation. En termes d'exportation, le Québec est aujourd'hui plus international qu'il n'est canadien. Dorénavant, nous tirons collectivement nettement plus de richesse de nos ventes au monde que de nos ventes au Canada.

Le Québec est libre-échangiste

Depuis une dizaine d'années, les gouvernements du Québec, tout parti confondu et avec l'appui très large de la population, ont soutenu le mouvement vers la libéralisation des échanges. Cet appui était d'autant plus normal que le Québec exporte environ la moitié de sa production de biens et services.

Le Québec a participé étroitement, avec les autres gouvernements du Canada, à l'établissement des positions canadiennes qui ont conduit à la signature et à la mise en oeuvre de l'Accord de libre-échange canado-américain (ALÉ) et de ses accords parallèles sur le travail et l'environnement. C'est d'ailleurs en grande partie grâce à l'appui du Québec que le Canada a pu y adhérer. De la même façon, il a participé aux négociations commerciales multilatérales qui ont conduit à l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) de 1994 et à la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

En devenant souverain, le Québec deviendra membre à part entière de la communauté internationale. Il acquerra la capacité de participer pleinement aux diverses organisations internationales, d'établir et de gérer ses relations avec d'autres pays.

Pour un Québec souverain attaché à l'ouverture de son économie au commerce mondial, deux traités internationaux sont particulièrement importants : l'ALÉNA et le GATT, devenu l'OMC le 1er janvier 1995. Nous avons toujours clairement énoncé notre volonté que le Québec souverain adhère à ces deux grands accords de commerce international.

Le Québec pourra-t-il adhérer à l'ALÉNA ?

L'ALÉNA est un accord de libre-échange régional qui a pris origine dans l'Accord de libre-échange canado-américain. Les signataires sont le Canada, les États-Unis et le Mexique. Il est en vigueur depuis le 1er janvier 1994.

L'ALÉNA a pour objectifs d'éliminer les obstacles au commerce des produits et services ; de favoriser la concurrence loyale ; d'augmenter les possibilités d'investissement ; d'assurer la protection et le respect des droits de propriété intellectuelle ; d'établir des procédures efficaces pour le règlement des différends ; de créer le cadre d'une coopération trilatérale, régionale et multilatérale plus poussée.

Les experts conviennent qu'il est dans l'intérêt du Québec et des autres partenaires de l'ALÉNA que le Québec adhère à l'ALÉNA. Aussi, le Québec, une fois souverain, adhérera à l'ALÉNA et se dotera des institutions requises pour assurer sa participation. D'ailleurs, le secrétariat de l'ALÉNA pour l'environnement est déjà localisé à Montréal.

L'ALÉNA a été structuré et rédigé en tenant compte de la possibilité que de nouveaux pays y accèdent. Il indique clairement que tous les pays pourraient y accéder dans la mesure où la Commission de libre-échange y consent.

Selon des experts américains consultés par le gouvernement du Québec, il n'y a aucune raison apparente pour laquelle les Etats-Unis refuseraient l'accession d'un Québec indépendant à l'ALÉNA.

Le Québec souverain pourra-t-il devenir membre de l'OMC ?

La fin du cycle de l'Uruguay du GATT a mené à la création de l'OMC, qui voyait le jour le 1er janvier 1995. L'OMC est une organisation commerciale multilatérale. Elle réunit 125 pays dont le Canada et 28 autres pays en appliquent les règles sans en être membres.

L'OMC a pour objectifs, notamment : la réduction des obstacles tarifaires et non tarifaires qui entravent la circulation des produits et de certains services, le relèvement du niveau de vie dans les États membres ; la réalisation du plein emploi ; l'utilisation optimale des ressources mondiales conformément à l'objectif de développement durable en vue de protéger et préserver l'environnement et de renforcer les moyens d'y parvenir et l'accroissement de la production et du commerce de marchandises et de services.

Comme pour l'ALÉNA, le Québec doit déjà se conformer à la plupart des règles de l'OMC.

L'article XII de l'accord instituant l'OMC énonce qu'un État peut adhérer à cette organisation si son adhésion est approuvée par les deux tiers des membres. Après la partition de l'ancienne Tchécoslovaquie, par exemple, les membres du GATT ont accepté officiellement les demandes d'adhésion de la République tchèque et de la Slovaquie. Les membres de l'OMC ont tout intérêt à maintenir des liens commerciaux ouverts avec un Québec souverain, qui jouit d'une économie avancée.

13.  Une période de transition suivra une décision positive des Québécois

Une décision majoritaire du peuple québécois pour réaliser la souveraineté et offrir au Canada une formule de partenariat ne signifie pas que le Québec devient immédiatement un État souverain avec sa propre constitution. La période qui suivra cette acceptation doit en effet être soumise à des étapes bien précises.

Première étape : la négociation avec le Canada d'un traité de partenariat pour défénir les nouveaux rapports Québec-Canada

Présentation de l'offre au Canada

Dans le Projet de loi sur l'avenir du Québec, déposé avant le référendum d'octobre 1995, il était écrit que « le gouvernement est tenu de proposer au gouvernement du Canada la conclusion d'un traité de partenariat économique et politique sur la base de l'Entente tripartie du 12 juin 1995. » Il était également prévu que le traité devait, avant d'être ratifié, être approuvé par l'Assemblée nationale.

L'Entente tripartie du 12 juin 1995 précise : « Notre projet exprime aussi le souhait des Québécois de maintenir un lien souple et équitable avec nos voisins canadiens, pour gérer en commun l'espace économique, notamment par la mise en place d'institutions communes, y compris de nature politique. Nous sommes convaincus que cette proposition est conforme aux intérêts du Québec et du Canada, mais nous ne pouvons bien sûr préjuger de la décision que les Canadiens auront à prendre à cet égard. »

Mise sur pied d'un comité d'orientation et de surveillance des négociations

La suite du document trace les grandes lignes des institutions communes envisagées, les sujets d'intérêt commun qui feront l'objet des discussions avec le Canada et prévoit la formation d'un comité d'orientation et de surveillance des négociations, formé de personnalités indépendantes.

Approbation par l'Assemblée nationale

Le gouvernement du Québec soumettra sans délai à l'Assemblée nationale les résultats de la négociation.

Deuxième étape : proclamation de la souveraineté par l'Assemblée nationale

Dans le Projet de loi sur l'avenir du Québec, il était stipulé « qu'à la date fixée par l'Assemblée nationale, la déclaration de souveraineté (...) prend effet et le Québec devient un pays souverain; il acquiert le pouvoir exclusif d'adopter toutes ses lois, de prélever tous ses impôts et de conclure tous ses traités. »

Le Québec assume les pouvoirs et les compétences d'un État souverain. L'Assemblée nationale peut adopter une constitution transitoire qui assurera la continuité des institutions démocratiques du Québec et des droits constitutionnels en vigueur au moment de l'accession à la souveraineté, notamment les droits et les libertés de la personne, les droits de la communauté anglophone, l'accès aux écoles de langue anglaise et les droits des nations autochtones. Cette constitution transitoire sera en vigueur jusqu'à ce qu'elle soit remplacée par la nouvelle constitution du Québec.

Troisième étape : entrée en vigueur de la nouvelle constitution du Québec

(Voir Une nouvelle constitution pour le Québec du présent document)

14.  L'évolution constitutionnelle de 1791 à 1995 : synthèse et perspective pour le Québec

En 1791, trente ans après la Conquête, les Québécois, alors appelés les Canadiens, se voient accorder leur première institution parlementaire. Déjà à ce moment, on prend acte qu'il y a au Canada deux sociétés distinctes et la Constitution de 1791 le consacre. Par la suite, trois autres constitutions différentes (1840, 1867 et 1982) vont régir le peuple québécois et définir ses rapports avec le reste du Canada.

Si en 1791, par nécessité géopolitique (les francophones sont très largement majoritaires et une menace d'invasion plane du côté des États-Unis), on fait du Québec (Bas-Canada) une entité égale et distincte de son voisin le Haut-Canada, en 1840, on le dépouille de l'essentiel de ses pouvoirs et on lui impose un parlement central. À partir de cette première expérience d'union politique, la situation ne sera plus jamais la même pour le Québec.

En 1867, certains voient dans le rétablissement d'un parlement pour le Québec une tentative de réparation. Toutefois, le peuple québécois constitue déjà alors une minorité au sein du Canada au plan démographique. Il en devient une également au plan politique. En effet, le peuple canadien-anglais va graduellement structurer sa propre organisation politique et administrative en neuf provinces. Sans dénier au Québec le rôle qu'il a joué dans la fondation du Canada et qu'il exerce encore dans la vie canadienne, on ne lui accordera toujours qu'un simple statut d'entité provinciale. En 1982, cette provincialisation du Québec va être renforcée du fait que la Constitution ne reconnaît pas le Québec comme peuple avec les attributs que cette situation justifierait.

La proposition du gouvernement du Québec de 1995 vise essentiellement à rétablir la situation des Québécois en tant que peuple dans ses rapports avec le peuple canadien, c'est-à-dire sur une base d'égalité, afin de faire en sorte que les conditions qui lient ces deux communautés ne soient plus dorénavant imposées par l'un mais négociées de bonne foi, « d'égal à égal », comme l'ont toujours souhaité au fond les Québécois.

L'Acte constitutionnel de 1791 :

  • Répond à la demande des Britanniques qui, ayant fui les États-Unis, exigent une province séparée et distincte de celle des Canadiens francophones, majoritaires à cette époque.

Conséquences pour le Bas-Canada (Québec) :

  • Chacune des deux provinces obtient son Parlement.

  • L'influence démocratique de la Chambre d'Assemblée est contrebalancée par la présence d'un Conseil exécutif non responsable, d'un gouverneur et d'un Conseil législatif dépendant de la Couronne britannique (introduction du parlementarisme, mais non pas de la démocratie réelle).

  • Bien que les députés francophones soient majoritaires au Bas-Canada, seul l'anglais est déclaré langue officielle. Les lois sont donc édictées en anglais mais peuvent être traduites.

L'Acte d'Union de 1840 :

  • Crée une majorité de parlementaires britanniques au sein du Parlement.

  • Met en minorité les Canadiens français et vise à les assimiler graduellement.

  • Garantit le renforcement des liens impériaux et rassure les investisseurs britanniques, créanciers de la dette du Haut-Canada, laquelle sera alors partagée avec le Bas-Canada (qui n'en n'avait pas).

Conséquences pour le Québec :

  • L'anglais est la seule langue officielle des institutions gouvernementales : pour la première fois dans un contexte constitutionnel, le français est proscrit.

  • Bien que majoritaires au plan de la population, les Canadiens français sont en minorité au sein des institutions du Canada-Uni.

L'Acte de l'Amérique du Nord britannique, voté par le Parlement de Londres en 1867 :

  • Crée une entité politique de type fédéral qui inclura de nouveaux partenaires à l'est et à l'ouest.

  • Crée un vaste ensemble économique intégré au nord des États-Unis.

  • Constitue un axe commercial et des systèmes de transport et de communication d'est en ouest.

  • Assure une certaine autonomie au groupe francophone à l'intérieur d'un territoire.

Conséquences pour le Québec :

  • La population n'a pas été consultée avant la ratification du projet.

  • La population du Québec est de plus en plus minoritaire au sein du Canada.

  • Le gouvernement fédéral nomme les juges de toutes les cours supérieures et d'appel.

  • Le partage fiscal donne au fédéral les plus grandes sources de revenus.

  • Les débats peuvent se dérouler en français et en anglais au Parlement fédéral et à la Législature du Québec. Les lois de ces deux parlements doivent être promulguées dans les deux langues.

La Loi constitutionnelle de 1982 est le résultat, sans le consentement du Québec, du rapatriement de Londres vers le Canada de la Constitution canadienne.

  • Les modifications alors apportées à la Constitution se font ainsi sans le consentement du Québec.

Conséquences pour le Québec :

  • Pour les Québécois, c'est la négation de la notion du pacte entre deux peuples fondateurs (le Québec est une province comme les autres).

  • Modification substantielle de la Constitution sans tenir compte des droits historiques du Québec.

  • En matière constitutionnelle, le gouvernement du Québec (7,2 millions d'habitants) a le même poids que celui de l'Île-du-Prince-Édouard (128 100 habitants).

  • Dorénavant, des dispositions importantes de la Constitution peuvent être modifiées si au moins sept provinces, représentant au moins 50 % de la population, y consentent. Le Québec est donc soumis au bon vouloir des autres provinces.

15.  Le Québec en chiffres

Le territoire

  • Avec 1,5 million de kilomètres carrés, le territoire du Québec est trois fois plus grand que celui de la France. Il représente quatre fois le Japon, sept fois la Grande-Bretagne et 49 fois la Belgique.

  • Le territoire québécois, recouvert par la forêt sur près de la moitié de sa surface, est parsemé de près d'un million de lacs et de rivières. Les eaux douces occupent une superficie de près de 185 000 kilomètres carrés et les eaux salées, près de 155 000 kilomètres carrés.

Population

  • La population du Québec s'élève, en 1995, à près de 7,3 millions de personnes. La taille de la population se compare à celle de la Suisse (7 millions) et de l'Autriche (7,9 millions) et elle est supérieure à celle du Danemark (5,1 millions).

  • Près de 80 % de la population du Québec vit dans les villes. La grande région de Montréal compte à elle seule presque trois millions d'habitants, soit près de la moitié de la population du Québec.

  • L'espérance de vie des femmes est de 80,8 ans et de 73,7 ans pour les hommes. L'indice synthétique de fécondité, qui représente le nombre moyen d'enfants par femme en âge de procréer, est passé de 1,35 en 1987 à 1,61 en 1993.

  • Le Québec compte environ 67 432 autochtones, soit plus de 59 432 Amérindiens et 8 000 Inuit. La majorité des autochtones des onze nations amérindiennes habitent des villages ou territoires qui leur sont propres. Chaque nation a conservé sa propre langue, sauf les Hurons-Wendat qui parlent maintenant le français. Les autres nations utilisent aussi le français ou l'anglais.

La langue française

  • Les données du recensement de 1991 indiquent que 83,3 % des Québécois sont de langue maternelle française et que 83 % de la population utilise la langue française à la maison.

  • Avec ses 6 millions de citoyens de langue française sur une population de près de 7,3 millions, le Québec est la terre francophone de l'Amérique. Le Québec appartient à la communauté des 105 millions de francophones répartis sur les cinq continents. Que ces États soient entièrement francophones ou non, que le français soit la langue maternelle, la langue d'enseignement, la langue officielle ou la langue seconde, ils partagent bien qu'à des degrés divers un sentiment d'appartenance à un même univers linguistique et culturel.

L'éducation

  • Le Québec consacre 8,3 % de son PIB à l'éducation comparativement à 7,4 % dans le reste du Canada et 7,7 % pour les États-Unis (1995).

  • En 1995, 12,3 % de la population québécoise adulte détenait un grade universitaire.

  • Actuellement, sur une génération de 100 jeunes, 87 obtiendront un diplôme du secondaire ou du secteur professionnel (DES ou DEP), 39 auront un diplôme d'études collégiales (DEC), 28 obtiendront un baccalauréat, 6 une maîtrise et 1 un doctorat. (1996)

L'économie

  • Avec un produit intérieur brut (PIB) de près de 170 milliards $, le Québec occuperait le 16e rang des pays de l'OCDE. Per capita, notre PIB se place au 15e rang des mêmes pays.

  • L'économie québécoise est l'une des plus ouvertes sur le monde. En 1994, le commerce international des marchandises du Québec s'élevait à plus de 76,2 milliards $. Quant au commerce interprovincial en biens et services, il atteignait 67,5 milliards $.

  • Depuis 1988, les exportations du Québec ont augmenté plus rapidement que les importations. La valeur des exportations internationales de marchandises s'élevait à 40,9 milliards $ en 1994, ce qui a permis au Québec d'enregistrer un surplus commercial de 5,6 milliards $. Nous exportons de plus en plus de produits à haute valeur ajoutée et technologiquement avancés. En 15 ans, la part de ces produits dans nos exportations est passée de 12,6 % à 27 %.

  • Les secteurs d'excellence du Québec sont : les technologies de l'information, l'aérospatiale, les télécommunications, la biotechnologie, les transports, l'électricité et l'ingénierie-conseil.

  • Le Québec se classe parmi les 10 principaux producteurs miniers au monde avec des expéditions de 3,3 milliards $ en 1996. La forêt commerciale recouvre plus de 43 % de la superficie du Québec, soit un territoire comparable à celui de la Norvège et de la Suède réunies. En 1996, les ventes de bois et de papier ont atteint 15,7 milliards $.

  • Le rôle des petites et moyennes entreprises est déterminant pour la création d'emplois. Entre 1979 et 1989, les entreprises de moins de 50 employés ont créé près de 500 000 nouveaux emplois. En 1990, plus de 1,2 million de personnes travaillaient dans les PME.

La santé

  • Au Québec, Le taux de mortalité infantile est de 5,4 pour 1 000 naissances (1992). Il n'y a que le Japon (4,5 %) et la Suède (5,3 %) qui affichent des taux inférieurs à celui du Québec.

  • En 1992, le Québec a investi 10,2 % de son PIB dans les soins de santé et les services sociaux, une proportion comparable à celle de l'Allemagne (8,7 %), de l'Autriche (8,8 %), de la France (9,4 %) et de la Suède (7,4 %). En 1993, le Canada et le Québec ont consacré 1 900 $ par habitant à la santé, une moyenne presque deux fois plus élevée que celle des pays de l'OCDE.

  • Le rapport médecin/population (2,31 médecins pour 1000 h.) est parmi les plus élevés en occident et le nombre d'infirmières pour 1 000 habitants est le plus élevé des sept pays les plus industrialisés.

 

Tous droits réservés © 1997 Parti Québécois

 


L'indépendance du Québec

Responsable du site