Les Canadiens français constituent une nation dont
l’origine remonte à l’époque de la Nouvelle-France. Conquise par la force
des armes, isolée de sa mère-patrie, soumise à des tentatives d’assimilation
nombreuses et prolongées, la nation canadienne-française a toujours
manifesté une indomptable volonté de survivre et de s’épanouir librement en
conformité avec ses origines et son génie particulier.
La Confédération, issue de la Conquête et de l'impérialisme britannique, a
placé et maintenu le peuple du Québec dans une situation anormale de
faiblesse et d'infériorité. Ce régime, par ailleurs, n'a pas été établi par
la volonté expresse des peuples en cause mais improvisé par la loi d'une
métropole impériale. De plus, les droits accordés officiellement par l'Acte
de l'Amérique du nord britannique au peuple canadien-français, dans le but
d'assurer sa survivance et sa protection, ont sans cesse été violés, et
continuent de l'être, par le gouvernement fédéral, à Ottawa. La logique et
le droit permettent donc aujourd'hui d'affirmer que le pacte confédératif,
par ses origines et par le cours de l'histoire, est nul et périmé.
En outre, la centralisation fédérale, réalisée à un rythme croissant, qui
tend à transformer le régime confédératif en celui d'un État-nation
unitaire, compromet non seulement l'épanouissement mais aussi l'existence
même de la nation canadienne-française déjà gravement menacée par son
isolement culturel et social et par l'influence anglo-américaine. À l'époque
actuelle où dans le monde entier les peuples s'affranchissent du joug
colonial et les nations revendiquent leur pleine indépendance, le Canada
français ne peut plus accepter de demeurer sous la tutelle économique et
politique de l'étranger. L'idéal de l'indépendance nationale, qui s'allie à
celui de l'internationalisme lucide, est valable au Canada français comme
partout ailleurs. L'indépendance est du reste dans la ligne de l'histoire du
Canada français : préparée par la Confédération puis par l'établissement de
l'autonomie provinciale, elle représente l'aboutissement normal de
l'évolution historique du Canada français.
De nos jours, les peuples n'ont plus besoin d'excuses pour vouloir être
libres. Car si la liberté nationale n'est pas une fin en soi, elle est la
condition essentielle à tout épanouissement réel des hommes et des peuples.
La première des libertés civiques étant l'indépendance de la patrie, le
Rassemblement pour l'indépendance Nationale réclame l'indépendance totale du
Québec afin de permettre au peuple canadien-français de choisir librement
les voies de son avenir. Une fois l'indépendance acquise, la nation
canadienne-française devra se donner, par des moyens démocratiques, les
institutions qu'elle jugera lui convenir.
Tels sont les principes et l'idéal que le Rassemblement pour l'indépendance
Nationale (RIN) a pour but de défendre et de propager. Le RIN n'est
aucunement relié, associé ni affilié à aucun autre organisme existant. Les
membres du RIN sont par ailleurs entièrement libre d'exprimer et de faire
valoir, à titre personnel, leurs idées et leurs convictions sur les
questions qui ont trait à la politique interne, à la religion, aux théories
économiques et aux doctrines sociales, car la seule raison d'être du RIN est
de favoriser et d'accélérer l'instauration de l'indépendance nationale du
Québec, sans haine ni hostilité envers quiconque mais dans un esprit de
justice et de liberté pour tous.
En réclamant l'indépendance totale du Québec, le RIN rejette le pessimisme
né de la Conquête et manifeste sa foi en la nation canadienne-française,
issue des plus grandes civilisations de l'histoire.
Octobre 1960 Première assemblée générale du RIN
Dernière modification : 2 juin 2004
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