Sachez que la censure n'est pas encore morte. Même si ça nous confirme
chaque fois l'importance de l'expression artistique, on en a plein le
cul. Il n'est pas nécessaire d'être en France et de dénoncer la menace
du Front national (voir le dossier du groupe hip-hop NTM), pour que la
censure s'acharne à nouveau sur une forme populaire d'expression: la
chanson. Nul besoin de se tracasser sur le sort d'artistes étrangers, nous sommes
suffisamment bêtes chez nous !
Vous me direz : « Qu'avances-tu là ? C'est pas si grave. » Ce qu'on dit à
chaque fois... Non mais quand même!
D'abord, mettons au point une chose. Les groupes québécois WD-40 et Guérilla
sont tous deux très actifs. On ne parle pas ici d'artistes éphémères, mis sur pied
le temps d'un concours, le temps d'un succès radio prémastiqué. On parle de deux groupes
qui présentent depuis plus de deux ans, concert sur concert, tournées en région produites à
compte d'auteur, albums à compte d'auteur et distribués commercialement. Deux groupes que
je qualifierais sans le moindre doute de leaders du nouveau rock québécois, punk et métal,
d'expression française. Ils sont tous deux engagés régulièrement dans des échanges de
services avec quantité d'autres groupes et artistes encore plus jeunes, pour lesquels ils
deviennent des exemples à suivre. Et c'est sans parler de leur influence sur le
jeune public. Nos protagonistes ne sont pas des deux de pique, si vous saisissez
bien. D'autant plus, que les deux groupes ont des choses à dire.
« Y'a plus personne qui va me dire quoi faire, personne qui va voir à mes affaires.
Pour toi m'a mesurer six pieds quatre, m'a être raide comme un deux par quatre... »
- WD-40 - Bête du lac
Avez-vous vu « Les oranges sont vertes » de
Claude Gauvreau ? Il y a une magnifique tirade contre la censure...
Intemporelle. WD-40 et Guérilla ne sont pas Trotski ou Reich ou Gauvreau. On ne les
assassinera pas, ne les enfermera pas. D'accord, ils ne sont pas inoffensifs
puisqu'ils sont vivants et actifs, mais ils ne prônent pas précisément des idées
dangereuses ou complètement hors normes... Sûrement moins dangereuses que ne l'est
l'attitude qui prévaut dans leurs dossiers respectifs.
Dans le cas de WD-40, au moins deux jurys de pairs
consécutifs (et oui, d'autres artistes...!!!??), ont refusé au groupe une maigre bourse
de 2 000 $ de la fondation Musicaction. Motif : textes trop crus, trop durs.
Dites-moi pas qu'il faut encore se taire sur la misère du peuple, calvaire ! Qu'il
faille éviter de sacrer sacrament !
Dans le cas de Guérilla, MusiquePlus vient de
refuser de diffuser son clip « Manifeste ». Motif : il fait référence au
manifeste du FLQ. (On dit aussi que la facture visuelle n'est pas assez élevée pour les
standards. Soyons juste envers le comité des programmes...) Mariana, la jeune
attachée de presse de Guérilla demande naïvement : « Que s'est-il passé de si grave
en 70 ? - Je ne l'ai pas appris à l'école. » Qu'on le sache, Musique Plus ne
comble pas encore les lacunes du système d'éducation. Elle marine dans sa petite
noirceur branchée.
Ma déception vient du fait qu'encore une fois, des
fondés de pouvoir font passer au devant de la liberté d'expression et de la création
vivante, des principes moraux javellisés et des craintes économiques ou politiques
nettement exagérées. Ils abusent de leur petit pouvoir et se sabordent.
Les cas sont simples et mettent en lumière l'état
de notre pensée : nous répétons sans cesse nos mêmes patterns de perdants.
Imaginons ce qui pourrait arriver à quelqu'un dont les idées menaceraient vraiment notre
couardise... Il est temps de mettre fin à ces attitudes de colonisés et de
peureux. Nous sommes en l'an 2000.
Vous voulez voir de quoi il est question? En grande primeur, Décibels vous propose le clip « Manifeste » de Guérilla, pour
connections 28.8 ou 56.6.
Jean-Robert Bisaillon
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Dernière modification : 14 juin 2004
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