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La troisième vague du FLQ (1970)


La troisième vague du FLQ, que notre mémoire collective a retenu sous les vocables d'événements d'Octobre, est assurément l'épisode les plus marquant de la courte histoire du FLQ.

Constatant la sclérose dans laquelle s'enlisait progressivement leur lutte, les membres des cellules Libération et Chénier s'entredéchiraient au sujet des moyens d'actions à privilégier.  Pour les membres de la cellule Libération, sous la férule de Jacques Lanctôt, il ne faisait aucun doute que le temps était venu de franchir le pas vers la dernière extrémité : les enlèvements politiques.  Quant à eux, les membres de la cellule Chénier, dirigée par Paul Rose, préféraient entreprendre la réorganisation stratégique du FLQ qui venait d'être déstabilisé par une vague d'arrestations. Le schisme semblait alors inéluctable…

Alors que la cellule Chénier était aux Etats-Unis, la cellule Libération passa à l'action de façon unilatérale le 5 octobre 1970 en procédant à l'enlèvement du consul diplomatique James Richard Cross.   En échange de la libération de ce Britannique, les ravisseurs exigeaient rien de moins que la libération de 23 prisonniers politiques; un avion pour leur transport vers Cuba ou l'Algérie; le réengagement des gars de Lapalme; une rançon de 500 000$; le nom du délateur qui a vendu les felquistes arrêtés à Prévost quelques mois auparavant.

Stupéfaits, les membres de la cellule Chénier assistent impuissants aux événements.  Cependant, considérant le ramollissement de la cellule Libération, les Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie en viennent à la conclusion que le FLQ doit encore davantage ébranler le système.  Pour ce faire, ils procéderont à un second enlèvement.

Le 10 octobre 1970, la cellule Chénier se retrouve devant la résidence du vice-premier ministre du Québec et ministre de l'immigration et du travail Pierre Laporte.  Quelques minutes plus tard, ce dernier se retrouvait séquestré dans un lieu de réclusion qu'il ne devrait quitter que pour un monde meilleur.

Le 17 octobre, les membres de la cellule Chénier, constatant l'échec de leur entreprise terroriste et l'outrecuidance des gouvernements fédéral et provincial à la tête desquels se trouvaient Pierre-Elliott Trudeau et Robert Bourassa qui avaient osé instaurer l'emprise de la Loi des mesures de guerre, exécutèrent Pierre Laporte.  Jamais le Québec contemporain n'avait été confronté à pareille situation.  Si une portion non-négligeable de la population avait appuyé jusque-là les revendications du FLQ, bien rare étaient ceux qui s'affichaient encore ouvertement en accord avec les desseins du FLQ aux lendemains de la mort du ministre Laporrte.

Finalement, le fédéral utilisa les événements d'Octobre à ses propres fins. Les connétables d'Ottawa désiraient depuis longtemps écraser le « séparatisme » québécois. Octobre allait leur en fournir l'occasion. La loi des mesures de guerre, un recours effrontément excessif, conduit environ 500 personnes derrière les barreaux. Ces arrestations effectuées sans mandat de perquisition, firent dire à Gérard Pelletier alors ministre du cabinet Trudeau : « la Loi des mesures de guerre revenait à tuer une mouche avec un canon ».  Il est donc évident que le fédéral a voulu engendrer la peur autour du mouvement nationaliste au Québec.

 

Patrick Bourgeois
Carrefour de l'histoire

 


L'indépendance du Québec