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FLQ : L'exacerbation du nationalisme québécois


Introduction

Les années 1960 constituent encore aujourd'hui un tournant, une date charnière dans l'histoire du Québec.  Le 22 juin 1960, l'équipe du tonnerre de Jean Lesage remporte les élections provinciales, reléguant ainsi aux oubliettes le régime de la Grande noirceur de Duplessis, enfin, le croyait-on à l'époque.  L'installation au pouvoir de ce nouveau gouvernement Libéral fut accompagné par un souffle réformiste; Lesage se proposait de redonner la place sociale qui revenait aux Canadiens-Français, d'où l'émergence d'un néo-nationalisme caractérisé par son étiquette indépendantiste.

Le 10 septembre 1960, André D'Allemagne et Marcel Chaput fondent le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN).  Enfin, l'idée d'indépendance qui avait été jusque-là confinée aux apartés entre intellectuels convaincus, effectuait une percée remarquable au niveau des masses populaires.  Cette dernière percée fut suffisamment importante pour que le RIN, en 1963, devienne officiellement un parti politique. Très certainement, on peut considérer le RIN comme étant l'une des assises idéologiques ayant permis la naissance du FLQ. Cependant, il ne fut pas la seule assise.

Le 6 août 1960, Raoûl Roy fonde l'Action socialiste pour l'indépendance du Québec.  Le leader de ce mouvement est considéré par plusieurs comme le « père spirituel du FLQ ».

À l'aide de cette courte remise en contexte, il est maintenant plus aisé de comprendre les facteurs ayant donné naissance à un mouvement extrémiste tel que le FLQ.  Néanmoins, il est primordial de conserver à l'esprit et de tenter de concevoir objectivement la situation sociale et nationale qui était réservée aux canadiens-Français à cette époque.  Pour ma part, je crois que la métaphore de Pierre Vallières illustre très bien cette conjoncture historique : « Nègres blancs d'Amérique » …

À la fin du mois de février 1963, trois anciens militants du RIN se rencontraient dans un modeste appartement.  Raymond Villeneuve, Georges Schoetters et Gabriel Hudon donnèrent ainsi naissance au FLQ, le Front de libération du Québec, à cette occasion.  Le mandat accordé à ce groupuscule en fut l'un des plus radicaux.  Les felquistes devaient prôner le terrorisme afin d'obtenir la libération nationale du peuple québécois.  Pour eux, cet objectif ultime était intimement lié aux concepts d'indépendantisme et de socialisme.

Le FLQ connut une vie militante relativement brève si on le compare à des mouvements révolutionnaires qui lui sont semblables de par leurs objectifs. Ainsi, on peut officiellement dater la fin des activités felquistes à 1972.  Cependant, il ne faudrait pas croire qu'étant donné sa courte existence, ce mouvement connut un parcours homogène.  Loin de là!   Comme tout mouvement révolutionnaire, le FLQ connut une escalade qui débuta par des attentats à la bombe pour se terminer par des enlèvements politiques.

La première vague du FLQ (1963-1966)

La première vague du FLQ fut caractérisée par les attentats à la bombe.  Ainsi, durant cette période de trois ans, les Québécois assistèrent à l'émergence d'un réel mouvement révolutionnaire extrémiste.  Les Raymond Villeneuve, les Georges Schoetters et les Gabriel Hudon, loin de préconiser l'obséquiosité face au fédéral et à la caste dirigeante de l'état français en devenir, se lancèrent à l'assaut des institutions, des édifices symbolisants l'oppression dont était victime les Québécois.  Toutefois, durant la nuit du 20 au 21 avril 1963, le gardien de nuit Wilfred O'neil fut tué par une bombe du FLQ déposée à l'arrière du centre de recrutement de l'armée canadienne, à Sherbrooke.  Cet épisode entraînera l'arrestation des 23 membres de la première cellule felquiste, créant ainsi le premier noyau de prisonniers politiques québécois.

Les années 1963-1966 furent également marquées par l'ALQ (1963) et l'ARQ (juin à sept. 1964). Ces deux filières constituaient en quelque sorte l'aile militariste du FLQ. Les membres formant l'armée de libération du Québec et l'armée révolutionnaire du Québec devaient entretenir en armes et en argent le FLQ, et ce, à l'aide de hold-up principalement.  Ces derniers moyens d'action donnèrent lieu à des affrontements violents entre les forces de l'ordre et les révolutionnaires québécois. À titre d'exemple, le 29 août 1964, alors que les membres de l'ARQ François Schirm, Cyriaque Delisle, Marcel Tardif, Gilles Brunet et Edmond Guénette étaient en train de charger des armes dans un véhicule, ils furent surpris par deux limiers de Montréal.  Un échange de coups de feu eut lieu et il s'en solda la mort du commis Alfred Pinish, abattu accidentellement par les policiers et par la mort du gérant du magasin d'armes Leslie McWilliams.

La première vague du FLQ donna naissance à l'important organe de propagande que fut le journal La Cognée.  Ce réseau de la Cognée en fut l'un des plus importants et des plus durables de toute l'histoire du FLQ, et ce, probablement à cause de son caractère somme toute assez modéré.  Les militants de ce réseau préconisaient l'organisation sérieuse, à plus ou moins long termes, d'une révolution efficace et décisive.  Mentionnons en terminant que la publication dudit bulletin débuta en octobre 1963 pour se terminer le 15 avril 1967.

La seconde vague du FLQ (1966-1970)

La seconde vague du FLQ fut marquée par l'arrivée de deux personnages extrêmement intéressants.  Il s'agit de Pierre Vallières et de Charles Gagnon. Ces derniers sont encore considérés de nos jours comme les théoriciens du FLQ, et ce, à cause de leur caractère hautement socialiste et des moyens d'actions qu'ils préconisèrent.  Évidemment, l'approche radicale fut maintenue après leur arrivée au sein du mouvement.  Toutefois, afin d'assurer l'efficacité de leurs actions, ils entretinrent des relations avec des militants révolutionnaires outre frontières. Il est question ici en particulier des Afro-Américains membres des Black Panthers.

Le réseau Vallières-Gagnon eut toutefois une vie éphémère.  Dès l'automne 1966, ceux-ci furent cueillis par la police new-yorkaise devant l'édifice des Nations-Unies.  Nos deux comparses délurés se trouvaient à cet endroit afin de sensibiliser la planète à la cause des indépendantistes québécois. Mal leur en pris car à la suite de leur transfert à la prison de Parthenais, ils passèrent près de quatre ans derrière les barreaux, sans forme d'accusation officielle.  C'est notamment au cours de cette période de réclusion que Pierre Vallières entreprit et mena à terme son livre : « Nègres blancs d'Amérique » qui devait devenir Best-Seller.

Le second réseau d'influence important des années 1966-1970 fut celui que l'on a baptisé réseau Geoffroy.  Le leader de ce groupe, Pierre-Paul Geoffroy, deviendra célèbre à cause de la peine d'emprisonnement qu'il se verra affliger et qui pulvérisera tous les records du Commonwealth.  Cette peine cumulait pas moins de 124 sentences à vie! Le réseau Geoffroy s'illustra également par l'intensité de son activité terroriste.  Il est vrai cependant que le contexte s'y prêtait bien. À l'époque, jamais le Québec n'avait connu pareille vague de contestation ouvrière.

La troisième vague du FLQ (1970)

La troisième vague du FLQ, que notre mémoire collective a retenu sous les vocables d'événements d'Octobre, est assurément l'épisode les plus marquant de la courte histoire du FLQ.

Constatant la sclérose dans laquelle s'enlisait progressivement leur lutte, les membres des cellules Libération et Chénier s'entredéchiraient au sujet des moyens d'actions à privilégier.  Pour les membres de la cellule Libération, sous la férule de Jacques Lanctôt, il ne faisait aucun doute que le temps était venu de franchir le pas vers la dernière extrémité : les enlèvements politiques.  Quant à eux, les membres de la cellule Chénier, dirigée par Paul Rose, préféraient entreprendre la réorganisation stratégique du FLQ qui venait d'être déstabilisé par une vague d'arrestations. Le schisme semblait alors inéluctable…

Alors que la cellule Chénier était aux Etats-Unis, la cellule Libération passa à l'action de façon unilatérale le 5 octobre 1970 en procédant à l'enlèvement du consul diplomatique James Richard Cross.   En échange de la libération de ce Britannique, les ravisseurs exigeaient rien de moins que la libération de 23 prisonniers politiques; un avion pour leur transport vers Cuba ou l'Algérie; le réengagement des gars de Lapalme; une rançon de 500 000$; le nom du délateur qui a vendu les felquistes arrêtés à Prévost quelques mois auparavant.

Stupéfaits, les membres de la cellule Chénier assistent impuissants aux événements.  Cependant, considérant le ramollissement de la cellule Libération, les Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie en viennent à la conclusion que le FLQ doit encore davantage ébranler le système.  Pour ce faire, ils procéderont à un second enlèvement.

Le 10 octobre 1970, la cellule Chénier se retrouve devant la résidence du vice-premier ministre du Québec et ministre de l'immigration et du travail Pierre Laporte.  Quelques minutes plus tard, ce dernier se retrouvait séquestré dans un lieu de réclusion qu'il ne devrait quitter que pour un monde meilleur.

Le 17 octobre, les membres de la cellule Chénier, constatant l'échec de leur entreprise terroriste et l'outrecuidance des gouvernements fédéral et provincial à la tête desquels se trouvaient Pierre-Elliott Trudeau et Robert Bourassa qui avaient oss instaurer l'emprise de la Loi des mesures de guerre, exécutèrent Pierre Laporte.  Jamais le Québec contemporain n'avait été confronté à pareille situation.  Si une portion non négligeable de la population avait appuyé jusque-là les revendications du FLQ, bien rare étaient ceux qui s'affichaient encore ouvertement en accord avec les desseins du FLQ aux lendemains de la mort du ministre Laporte.

Finalement, le fédéral utilisa les événements d'Octobre à ses propres fins. Les connétables d'Ottawa désiraient depuis longtemps écraser le « séparatisme » québécois. Octobre allait leur en fournir l'occasion. La loi des mesures de guerre, un recours effrontément excessif, conduit environ 500 personnes derrière les barreaux. Ces arrestations effectuées sans mandat de perquisition, firent dire à Gérard Pelletier alors ministre du cabinet Trudeau : « la Loi des mesures de guerre revenait à tuer une mouche avec un canon ».  Il est donc évident que le fédéral a voulu engendrer la peur autour du mouvement nationaliste au Québec.

La quatrième vague du FLQ (1971-1972)

La plupart des gens ignorent de nos jours que le FLQ a poursuivi ses activités au-delà de l'arrestation ou de la déportation des responsables felquistes des événements d'Octobre.  Et pourtant, une dernière cellule vit le jour à cette époque. Il s'agit de la cellule d'information-Viger. Mentionnons simplement que le professeur d'histoire de l'UQAM, Robert Comeau, est considéré comme l'un des instgateurs de cette résurgence felquiste.   De surcroît, c'est à cette époque surtout que la GRC a véritablement manipulé le FLQ à l'aide d'activiste infiltrés dans ses rangs. Les principales taupes connues furent Carole Devault et François Séguin.

Conclusion

Bien entendu, ce rapide survol de l'histoire du FLQ ne prétend nullement être exhaustif. Il aurait été tout aussi justifié dans ce résumé de faire état des activités felquistes en Algérie, de traiter du cas Mario Bachand, de l'opération de la Macaza ou bien encore de dresser un portrait plus fidèle du contexte historique dans lequel s'est inséré le FLQ.   Toutefois, pour un premier contact avec le mouvement révolutionnaire que fut le FLQ, je crois que ce texte est relativement efficace.  Pour ceux qui désireraient approfondir le sujet, je vous suggère la lecture du livre de Louis Fournier : « FLQ. Histoire d'un mouvement clandestin ».

 

Patrick Bourgeois
Carrefour de l'histoire

 


L'indépendance du Québec