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Site historique du Front de libération du Québec (FLQ)


L'échec du FLQ

Table des matières



Introduction

1. Origine du mouvement

2. Les actions du FLQ avant la crise d’octobre

3. La crise d’octobre 1970

Conclusion

Liste des références



Introduction

Durant les années 1960, le Québec est en pleine ébullition. C’est la fin de la «grande noirceur» et le début de ce qu’on a appelé la Révolution tranquille. Plusieurs changements s’effectuent un peu partout au Québec, notamment en santé avec le système d’assurance maladie et en éducation, avec la laïcisation des écoles et la gratuité des services. En politique, ça bouge également. Le gouvernement provincial passe aux mains du parti libéral après les années Duplessis et de nombreux groupes et partis commencent à promouvoir l’indépendance du Québec. Un de ces groupes, le front de libération du Québec (FLQ) est né en 1963 et ce mouvement adhère à la cause souverainiste. Les felquistes sont prêts à tout pour défendre leur idée d’indépendance du Québec, même avec des moyens radicaux.

Lors de la crise d’octobre, ils furent les principaux acteurs. Cette crise a marqué l’histoire du Québec et a provoqué la mort du mouvement felquiste. Comment pourrait-on expliquer cet échec du FLQ durant les événements d’octobre 1970? Un des facteurs possibles de cet échec serait leur mauvaise préparation à de telles actions.

Tout d’abord, pour comprendre le FLQ, il faut bien connaître l’origine de ce mouvement. La formation de celui-ci est importante puisqu’elle nous permet de cerner leurs intentions premières et de situer leurs débuts en politique. Ensuite, il nous faudra raconter les actions qu’ils ont menées avant la crise d’octobre puis tracer le cheminement suivi par les felquistes jusqu’à l’automne 1970. Par la suite, nous ferons la chronologie des principaux événements de la crise d’octobre pour tenter d’expliquer les causes de l’échec du FLQ.

1. Origine du mouvement

Durant les années 1960, le FLQ s’est formé et a commencé à lutter contre la menace anglophone à l’aide de moyens radicaux. Les trois personnes ayant fondé le FLQ ont divisé ce mouvement en quatre cellules et on peut voir que les felquistes ont subi l’influence de quelques partis indépendantistes.

Tout d’abord, les trois fondateurs du FLQ, Georges Schoeters, Raymond Villeneuve et Gabriel Hudon, sont tous indépendantistes et l’idée de leur mouvement est principalement de faire l’indépendance du Québec. Le belge Georges Schoeters, qualifié de marxiste humaniste et de tiers-mondiste est considéré, à cause de son âge, de son intelligence et de son expérience, comme le père du FLQ. Lors de la deuxième Guerre mondiale, il est membre de la résistance belge et est un excellent espion, quoiqu’âgé de seulement dix ans. En 1958, il fait un voyage en Algérie où il étudie les tactiques du Front de libération algérien. Peu après, il part pour Cuba afin d’y rencontrer Fidel Castro et Che Guevara. Il revient de ce voyage bien équipé et bien préparé autant dans le maniement des armes que dans la fabrication de bombes pour la révolution au Québec. En 1963, il devient membre du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), puis du Réseau de Résistance avant de fonder le FLQ dans la même année. Peu après la naissance de ce mouvement, il est arrêté et emprisonné jusqu’en 1966. Lors de sa libération, il retourne en Belgique où il se rend compte que le Québec n’est pas prêt à être « libéré », mais il croit toujours en l’avenir d’un Québec indépendant. Quant à Raymond Villeneuve, l’un des principaux leaders du terrorisme québécois en 1963, il représente la tendance plus activiste du FLQ. Avant de fonder le FLQ, alors qu’il est âgé de 19 ans, il est membre du RIN, de l’Action socialiste pour l’indépendance du Québec (ASIQ) et du Réseau de Résistance. Au FLQ, il s’occupe principalement des vols de dynamite. Il est arrêté en 1963 pour avoir fabriqué les cocktails Molotov lancés sur des établissements militaires. Il est libéré en 1967, redevient révolutionnaire et part à Cuba. Villeneuve a été président du Mouvement de libération du Québec (MLNQ), mouvement qui s’est dissout en 1997. Le troisième fondateur du FLQ, Gabriel Hudon, alias Roger Dupuis, se décrit comme étant socialiste, mais avant tout indépendantiste. Il croit que les Québécois doivent se donner un pays avant d’y installer le socialisme. Il commence à militer au sein du RIN en 1961, et un an plus tard, il adhère au Réseau de Résistance. Il croit que les felquistes doivent mener une action parallèle au RIN. En 1963, il est impliqué dans la plupart des actions violentes dont on entend parler et il fabrique des bombes et des cocktails Molotov pour le FLQ. Durant cette même année, il est condamné pour avoir perpétré des attentats contre plusieurs édifices. Il est libéré sous condition quatre ans plus tard et a, par la suite, toujours observé les conditions de sa libération1.

Par ailleurs, le FLQ est divisé en quatre cellules : la cellule Libération, la cellule Chénier et les cellules Viger et Dieppe. La plus connue est la cellule Libération, c’est aussi la plus populeuse et on a dû la séparer en une autre cellule, la cellule Viger. La cellule Libération est la première à se manifester durant la crise d’octobre et son nom vient du fait que son but premier est de libérer des prisonniers politiques. Sa première action a été d’enlever le diplomate britannique en poste à Montréal, James Richard Cross. La deuxième cellule à entrer en action lors de la crise d’octobre, la cellule Chénier, nommée en l’honneur de Jean-Olivier Chénier (médecin et membre des patriotes de 1837-1838) est celle qui a enlevé le ministre Pierre Laporte. Cette cellule est surnommée « cellule de financement Chénier », car elle organise et finance avant de passer à l’action. Les cellules Viger et Dieppe sont plus méconnues, car elles ont été formées en pleine crise d’octobre. La cellule Viger tient son nom d’un patriote de 1837-1838, tandis que la cellule Dieppe a été nommée comme le débarquement de Dieppe, en France, lors de la deuxième guerre mondiale. La cellule Viger a comme mission de diffuser les communiqués et la cellule Dieppe a annoncé l’exécution de Pierre Laporte. Les membres de cette dernière sont encore inconnus2.

De plus, le mouvement felquiste est influencé par les partis politiques indépendantistes, comme le RIN, l’ASIQ et le Réseau de Résistance. Le RIN, fondé par une trentaine de personnes, devient un parti politique en mars 1963. En 1964, le parti se divise déjà et le Regroupement national (RN) naît de cette scission. En 1967, le Mouvement souveraineté-association (MSA) est créé par René Lévesque. Plus tard dans la même année, le MSA s’allie avec le RN puis s’appelle désormais le Parti Québécois (PQ). Le RIN est alors complètement dissout et la plupart de ses membres rejoignent le PQ. Toutefois, les plus activistes d’entre eux commencent à militer pour le FLQ3. À propos du passage du RIN au FLQ, Francis Simard a écrit ceci :

Le passage du RIN au FLQ ne s’est pas fait brusquement du jour au lendemain. Ça a été progressif. Ça s’est fait par étapes et, dans cette démarche-là, l’identification à un parti comme le RIN ou à un groupe comme le FLQ, c’est secondaire. Je peux même dire que c’est sans aucune importance4.

Raoul Roy, un vieux militant du parti communiste et du parti social-démocrate fonde l’ASIQ en août 1960. Le projet d’indépendance socialisme du Québec proposé par l’ASIQ, a une forte attraction sur le FLQ et sur le mouvement révolutionnaire des années 1960. Plusieurs personnes considèrent Raoul Roy comme le «Père spirituel » du FLQ. Les jeunes qui faisaient partie de l’ASIQ sont les premiers militants felquistes. Raoul Roy prône « L’indépendance absolue du Québec et la libération prolétarienne nationale des Canadiens français» 5. En novembre 1962, le Réseau de Résistance, un groupe clandestin, est fondé par 24 militants du RIN. Ces militants veulent mettre au point des moyens d’action plus radicaux et spectaculaires pour stimuler la cause de l’indépendance du Québec. Les premières initiatives spontanées du Réseau de Résistance échouent, car ce mouvement n’est ni structuré, ni discipliné. En février 1963, un cocktail Molotov est placé au poste de radio CKGM. L’attentat est signé R.R.. Suite à cet attentat, le réseau se dissout, dépassé par les événements, tandis que son aile plus radicale fonde le FLQ6.

Nous pouvons conclure que le FLQ est né du regroupement de quelques mouvements indépendantistes comme le RIN, l’ASIQ, le Réseau de Résistance et d’autres moins importants comme le MSA et le RN.

2. Les actions du FLQ avant la crise d’octobre

Bien avant la crise d’octobre, le FLQ a mené plusieurs actions contre le gouvernement en place de même que contre les édifices anglophones. Trois principaux révolutionnaires marquent cette révolte anglophobe… Ces années 1960 sont caractérisées par plusieurs vols et actes criminels de la part des felquistes.

Tout d’abord, les principaux révolutionnaires felquistes sont Pierre Vallières, Charles Gagnon et François Schirm. Vallières est considéré comme le membre le plus influent du FLQ, le leader. Par ses admirateurs, il est considéré comme un héros et un martyr, tandis que pour les autorités il est un fauteur de troubles et un anarchiste. Il n’a probablement jamais commis d’actes de violence, mais toute sa philosophie la justifie et la provoque. Ses idées font agir et non réfléchir. Elles exigent de l’action immédiate. Vallières est passé de révolte en révolte et finit par devenir un révolutionnaire professionnel. Il a toujours vécu un peu en marge de la société. En 1963, il est très actif aux lignes de piquetage, dans les manifestations contre la guerre du Viêt-Nam et dans le FLQ. Avec Charles Gagnon, il fait une grève de la faim en 1966 devant l’immeuble des Nations Unies à New York, pour protester contre l’arrestation de sept membres du FLQ. Suite à cet événement, il est emprisonné. Charles Gagnon s’est quant à lui lancé en politique en 1963. Il commence par être collaborateur de la revue « Cité libre », puis secrétaire de rédaction de la revue « Révolution québécoise ». Ensuite il milite dans l’Union générale des étudiants du Québec (UGEQ), puis devient un des fondateurs des Travailleurs étudiants du Québec. Il milite pour le Mouvement de libération populaire (MLP). Gagnon est un visionnaire et un rêveur. Pour lui, c’est « la violence ou la stagnation ». Vers la fin de 1965, lui et Pierre Vallières deviennent les leaders incontestés du FLQ. François Schirm est né en Hongrie et il y vit avant de s’établir en Autriche durant la deuxième Guerre mondiale où il est témoin de scènes inhumaines. À 18 ans, il s’engage dans la Légion étrangère de France. Il quitte cette organisation au bout de six ans, après s’être battu au Viêt-Nam et en Algérie. Il vient ensuite s’installer à Montréal où il occupe de petits emplois peu rémunérés. Il se sent exploité et c’est ainsi qu’il décide de rallier la cause souverainiste. Il s’identifie aux non-privilégiés et aux victimes de l’exploitation anglo-saxonne. Plus tard, il établit un camp d’entraînement pour l’Armée révolutionnaire du Québec, comité du FLQ. Suite à un hold-up raté, Schirm est arrêté et passe 14 ans de sa vie en prison. C’est le felquiste ayant eu la plus longue peine d’emprisonnement7.

Le FLQ s’est tout d’abord révolté contre les anglophones qui dirigent, à l’époque, la plupart des grosses compagnies de la province. Les felquistes ont commencé par barbouiller des affiches anglaises et faire des graffitis sur les édifices du gouvernement fédéral. C’est en 1962 qu’un petit groupe fonde un « Comité révolutionnaire » ayant pour but de réaliser l’indépendance du Québec. Cinq mois plus tard, ce groupe passe à l’action avec une série d’actes criminels. Dans trois manèges militaires, on trouve les lettres F-L-Q écrites sur les murs, de même que des cocktails Molotov qui n’ont pas explosé. À Québec, les lettres FLQ apparaissent sur la porte d’entrée de la résidence du lieutenant-gouverneur. Ailleurs sur sa résidence, on peut lire « Québec libre » 8. C’est le début des actes criminels du FLQ… Dans le premier manifeste de 1963, l’idée d’indépendance du Québec est reliée à l’idée de révolution sociale. Ce premier manifeste résume le problème québécois et conclut au colonialisme total. On y retrouve également quelques accents d’ardeur révolutionnaire. Il aborde peu la question sociale, contrairement au second manifeste de 1970. Ce second manifeste a un langage beaucoup plus « joual » pour rejoindre la population et leur faire un appel pressant et insistant sur la révolution sociale9.

Les membres de la revue Parti Pris [dont Pierre Vallières et Charles Gagnon font partie] décideront en juin 1965, d’apporter un appui plus direct aux ouvriers, en particulier aux grévistes, dans le cadre d’une action « agitation et propagande ». En juillet, au cours d’une manifestation devant la manufacture La Grenade, Pierre Vallières sera arrêté pour avoir troublé la paix. À la fin de l’été, Parti Pris donnera naissance au Mouvement de libération populaire, qui entend mobiliser les classes laborieuses10.

Dans cette citation de Marc Laurendeau, on peut voir que les felquistes ont décidé, au cours de l’année 1965, d’appuyer les travailleurs et de s’impliquer dans leurs grèves. Ils ont notamment participé dans des manifestations et des attentats à la manufacture La Grenade.

Par ailleurs, les vols de banque à main armée du FLQ sont sûrement des gestes de violence, mais les felquistes savent que jamais ils n’utiliseront leurs armes. Jamais ils n’oseront agresser physiquement ou blesser quelqu’un. Ils prennent les moyens pour que cela n’arrive pas. Ils ne prennent aucune chance et ceux qui font ces vols n’ont pas de balles dans leurs armes. Lorsque les felquistes agissent, c’est uniquement dans un but ou un objectif politique11. Comme nous l’avons dit précédemment, en mars 1963, quelques cocktails Molotov sont placés dans trois manèges militaires, sans exploser. Plus tard, en avril, deux bombes sont désamorcées, une dans un corridor de la gare Centrale, à Montréal, et l’autre près de l’antenne de télévision du mont Royal. Par contre, plusieurs autres explosent, dont une dans l’édifice de la Légion canadienne à Saint-Jean, une au manège militaire Black Watch et une dernière au Service technique de l’aviation royale à Montréal. L’attentat à la bombe le plus spectaculaire du FLQ est sans aucun doute, celui où quinze bombes sont posées dans des boîtes aux lettres à Westmount. Sur ce nombre, cinq explosent. Entre 1963 et 1965, le FLQ s’est aussi spécialisé dans le sabotage de trains et de voies ferrées. Une bombe est posée sur la voie ferrée du CN où elle explose quelques heures avant le passage du train transportant le premier ministre du Canada, John Diefenbaker. Les felquistes sabotent également deux trains du CN et posent des cocktails Molotov dans un troisième. Une autre bombe est posée sur une voie ferrée près de Sainte-Madeleine et celle-ci est désamorcée à temps. Une dernière bombe est posée, mais sans détonateur, sur un pont ferroviaire…12.

Pour finir, le FLQ a effectué plusieurs attentats au nom de l’indépendance du Québec, mais sans grand succès. Les actions menées avant la crise d’octobre ne sont pas de la même envergure que celles entreprises en octobre 1970.

3. La crise d’octobre 1970

C’est surtout avec la crise d’octobre que s’est fait connaître le FLQ et c’est aussi avec cet événement important que les felquistes ont essuyé leur plus gros échec et du même coup, entraîné la mort de leur mouvement. Les enlèvements du diplomate James Richard Cross, et du ministre Pierre Laporte sont les événements clefs d’octobre 1970. La loi des mesures de guerre qui a été mise en place durant cette crise, est un autre fait important.

Le 5 octobre 1970, James R. Cross a été enlevé par la cellule Libération du FLQ. Ses ravisseurs n’étaient pas cinq comme on le pense souvent, mais six. Ils sont Louise et Jacques Cossette-Trudel, Jacques Lanctôt, Marc Carbonneau, Yves Langlois, alias Pierre Séguin, ainsi qu’un professeur, marié et père de famille dont on ne connaît pas l’identité. On sait de ce professeur qu’il est un socialiste convaincu et que c’est lui qui a réussi à obtenir le Serpasil, durant la détention de Cross, un médicament dont il avait besoin pour contrôler son hypertension. Cross a donc été enlevé à son domicile par trois hommes plutôt nerveux qui ont oublié de mettre leurs cagoules, ce qui permet à la femme du diplomate présente lors de l’enlèvement de bien les observer et de pouvoir ensuite les décrire à la police. Ces ravisseurs conduisent Cross dans un taxi jusqu’à Côtes des Neiges avant de le transférer jusqu’au repaire des felquistes situé sur la rue des Récollets. Aussitôt arrivé à son lieu de détention, Cross est menotté et couché sur un matelas. Marc Carbonneau est celui qui converse le plus facilement avec le diplomate. Ils jouent aux dames et discutent des voyages de Cross. Les Cossette-Trudel se montrent plus distants et le surveillent. James R. Cross s’adapte de façon très rationnelle à son sort et a même établi des rapports humains avec ses kidnappeurs, rendant ainsi son assassinat beaucoup plus difficile et même improbable. Le repaire où est caché Cross est sous surveillance du 25 novembre 1970 au 3 décembre 1970, date à laquelle il est libéré13.

Le 10 octobre 1970, suite au refus catégorique du gouvernement de libérer les prisonniers politiques du FLQ, Pierre Laporte est enlevé. La population entière est surprise par cet enlèvement. Il en est de même pour les membres de la cellule Libration qui trouvent que les événements prennent une tournure imprévue. Pierre Laporte est kidnappé par les membres de la cellule Chénier, c'est-à-dire Paul et Jacques Rose, Bernard Lortie et Francis Simard. Quelques jours après l’enlèvement du ministre Laporte, le 15 octobre 1970, le gouvernement oppose un non catégorique aux exigences du FLQ, transmises par le manifeste publié suite à l’enlèvement de Cross et pose ses dernières conditions pour la libération des deux otages. Deux jours plus tard, Pierre Laporte est retrouvé sans vie dans le coffre de la voiture ayant servi à son enlèvement. Il a été étranglé avec la chaîne qu’il portait au cou. Le manifeste du FLQ avait suscité les sympathies de la population. Par contre, l’exécution de Pierre Laporte par la cellule Dieppe provoque un vaste courant d’indignation et de peur. Les felquistes sont comparés à des assassins inaptes au statut de citoyens. Avec la mort de Laporte, le FLQ était devenu le « mal absolu ». Les jurés qui ont eu, plus tard, à juger les membres de la cellule Chénier, étaient convaincus d’avoir affaire à des « barbares ». Selon Pierre Vallières, le caractère clandestin et la pauvreté de ses moyens placent le FLQ à la merci du cynisme politique des autorités en place. Jamais, durant la crise d’octobre, le FLQ n’a eu l’initiative des événements. Il est tombé tête baissée dans le piège que les autorités lui ont tendu. Nous pouvons peut-être également ajouter que les felquistes avaient aussi comme objectif de venger la déportation des Acadiens et la défaite de 1760 contre les Anglais. Ils veulent en même temps venger la défaite des Patriotes de 1837-1838. À ces objectifs s’ajoute celui que la langue française redevienne la langue nationale du Québec et que le Québec ne soit plus dirigé par les Anglais. Avant tout, le FLQ veut l’indépendance du Québec14.

Le 16 octobre 1970, le premier ministre du Canada, Pierre E. Trudeau déclare la loi des mesures de guerre, prétextant une insurrection appréhendée. La plupart des textes disent que c’est Robert Bourassa qui a demandé l’intervention de l’armée, mais, en poussant plus loin, on se rend compte que c’est plutôt le chef de cabinet de Trudeau, Marc Lalonde qui voulait l’application d’une telle loi. Cette dernière permettait à l’armée canadienne d’envahir le Québec et c’est ainsi que 36000 perquisitions et 500 arrestations à travers le Québec ont été faites. À propos de ces arrestations, Jean Provencher a écrit ceci :

Environ 200 personnes relâchées après 10 jours sans avoir été inculpées de quoi que ce soit. Pire : elles n’ont pu rencontrer un avocat, ni connaître, avant le jour de la libération, les raisons de leur détention. Moins de 7% des détenus seront traduits devant les tribunaux. De plus, les accusations portées contre les felquistes le seront en vertu du Code criminel et non en vertu de la Loi des mesures de guerre15.

L’insurrection était peu probable : le FLQ ne comprenait qu’une trentaine de membres! Ce qu’appréhendent les gouvernements fédéral et provincial, est plutôt un mouvement populaire spontané. On ne comprend pas la sympathie de la population pour ces anarchistes et il leur faut rétablir l’autorité bafouée de Trudeau et de son gouvernement.

L’impact de la loi des mesures de guerre sur les felquistes n’est pas bien défini, mais on peut supposer que c’est cette loi qui les a déroutés. On l’a dit plus tôt, le FLQ était mal organisé et mal préparé à un événement de cette envergure et la loi des mesures de guerre a déstabilisé leur organisation.

Pour conclure cette idée, c’est surtout la loi des mesures de guerre et leur mauvaise préparation à de telles actions qui a dérouté les felquistes lors de la crise d’octobre 1970.

Conclusion

Pour conclure, on peut expliquer l’échec du FLQ par sa formation relativement jeune et peu homogène. Avant la crise d’octobre, le FLQ avait effectué des attentats au nom de l’indépendance du Québec, mais sans vraiment de lien avec les événements d’octobre. On peut aussi expliquer l’échec du FLQ à cause de sa mauvaise organisation et de sa mauvaise préparation aux événements dont il a été question. De plus, lors de la crise d’octobre les felquistes étaient peu nombreux et fort mal équipés.

Il serait intéressant de découvrir quel a été réellement le rôle du gouvernement fédéral lors de la crise d’octobre et quels ont été les enjeux lors de cette crise? Ce serait aussi intéressant de savoir quels ont été les impacts de la crise d’octobre sur la société québécoise et sur le mouvement indépendantiste actuel du Québec.

Plus de 30 ans après la crise d’octobre, on parle encore de cet événement qui sort de l’ordinaire dans l’histoire québécoise. L’indépendance du Québec est encore au centre des débats de tous les jours. Pas une élection au Québec ne se passe sans que surgisse le spectre de l’indépendance. Ou on voit l’indépendance comme « la solution » ou on en parle comme d’un grand danger. Il n’y a pas qu’au Québec où l’on parle d’indépendance. C’est le cas de la Corse qui pense se séparer de la France ou du pays basque de l’Espagne. Le Front de libération nationale algérien, dont s’est inspiré le FLQ, a réussi à obtenir l’indépendance de l’Algérie après plusieurs années de guerre.

Liste des références

1 Jean-François GAUVIN. « Site historique du Front de libération du Québec » , Internet, http://www.Independance-Quebec.com/flq/debuts_fondateurs.html, 22 février 2003.

2 Id., http://www.Independance-Quebec.com/flq/octobre/cellules.html, 22 février 2003.

3 Lionel BELLAVANCE. Les partis indépendantistes québécois de 1960-1973, Montréal, Éditions les Anciens Canadiens, 1973, p.11 à 33.

4 Francis SIMARD. Pour en finir avec octobre, Montréal, Éditions Stanké, 1982, p.119.

5 Jean-François GAUVIN. « Site historique du Front de libération du Québec » , Internet, http://www.Independance-Quebec.com/organisations/asiq, 22 février 2003.

6 Id., http://www.Independance-Quebec.com/organisations/reseau_de_resistance/, 22 février 2003.

7 Gustave MORF, Le terrorisme québécois, Ottawa, Les éditions de l’homme, 1970, p.39 à 51, p.87 à 101.

8 Ibid., p.9 à 15.

9 Marc LAURENDEAU, Les québécois violents, Montréal, Éditions Boréal Express, 1974, p.65.

10 Ibid., p.71.

11 SIMARD, p.49.

12 LAURENDEAU, p.310 à 313.

13 CONCOURS Franco-Québécois, « Octobre 1970 », Internet, http://pages.infinit.net/cordelia/en_jrc, 22 février 2003.

14 Pierre VALLIÈRES, L’exécution de Pierre Laporte, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1977, p.10.

15 Jean PROVENCHER, La grande peur d’octobre ’70, collections connaissance des pays québécois, Montréal, Éditions Aurore, 1974, p.92.


Élise L-Lavoie



Dernière modification : 12 décembre 2010

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