Hit-Parade

 

Une « Call-girl » nommée Québec et un « pimp » nommé Trudeau


Michel Chartrand a déjà accusé la gang à Trudeau d'être des putains, en ajoutant, pour s'excuser auprès de ces dames, qu'au moins les putains en donnaient au clients pour leur argent.

L'analogie n'allait pas assez loin. Trudeau n'est pas une putain, c'est un « pimp », aussi appelé souteneur.  Ce qui est bien pire.

La putain de l'histoire, ce serait plutôt le Canada.  Ou plus précisément le Québec, en ce qui nous concerne.   Et les clients, ce seraient les Américains.

De plus en plus, tous les exploités veulent se libérer.  Les « call-girls » ne font pas exception à la règle. Le Québec, qui est une call-girl économique, veut se libérer. Que disent les « pimps » du Québec?  Trudeau, Marchand, Lesage, Kierans et d'autres: vous allez perdre des clients.  En termes économiques, ils ont dit, il y aura la fuite des capitaux.

Si la « call-girl » dit : je m'en sacre, je suis tannée de ces gros cochons d'Américains qui prennent ma jeunesse (entendez : mes richesses naturelles) en échange de quelques dollars dévalués, le « pimp » doit donner une volée à la « call-girl ».  Parce que le « pimp » est au service du client et non pas au service de ses filles.  D'abord parce que lui aussi, ce sont les clients qui le font vivre. Et si ses « call-girls » se révoltent, c'est-à-dire si le Québec sort de la sinistre Confédération « canadian », le « pimp » n'a plus sa raison d'être.  Alors, il cogne sur ses « call-girls ».  Et il cogne même sur la table de la cuisine et sur les murs pour faire peur à tout le monde.  On a appelé ça, en Octobre (1970), la Loi des mesures de guerre. En fait, c'était la petite crise du « pimp ».

Et tous ceux qui veulent syndiquer les « call-girls ».  Tous ceux qui disent aux « call-girls » que ce n'est pas une vie, de coucher avec les Américain.  Tous ceux qui disent aux «call-girls » qu'elles pourraient mener une vie normale, c'est-à-dire coucher par amour avec des gens de leur choix, sans être payées, mais juste pour le plaisir; faire des enfants; se marier; avoir une maison à elles et peut-être même une cour avec un jardin, voir la fin de leur honte personnelle et collective, avoir en fait un pays à elles, tous ceux qui mettent dans la tête des « call-girls » de telles idées, ont été accusés en octobre, ou d'être membres du FLQ, ou d'avoir participé à des complots, pour renverser l'ordre des « pimps » et des gros clients.

Or voilà que le client vient de dire au « pimp » : on ne veut plus de tes « call-girls » chez nous.  Tu vas nous payer 10% de taxes si tu veux les rentrer aux États.  Le « pimp » a envoyé son « smiling » porte-crotte Jean-Luc Pépin et son molosse à pipe Edgar Benson à Washington pour négocier sur le 10%.  Les gros clients ont dit non.  Quand le gros client dit non, c'est non.

Le « pimp » n'avait pas le choix!   Il passe une loi du 80 millions $, pour annuler l'effet de la surtaxe de 10%.   D'où vient le 80 millions $ ?  De toute manière, il vient de l'argent qu'il soutire aux « call-girls », ou comme on dit dans le métier: ça vient de sa « cut » sur la gaffe.

Que fera-t-il avec cet argent?   Il paiera aux entreprises américaines, frappées par la décision américaine, l'équivalent de la surtaxe.  Résultat : elles pourront couper leurs prix de vente aux USA de 10% de manière à rester concurrentielles même outre frontière. E n langage de « pimp », ça équivaut à donner aux clients la partie du prix que le client refusait de payer, de manière à ce que le plus grand nombre de « call-girls » possible continuent de travailler, c'est-à-dire de faire jouir les Américains.  Or qu'est-ce qui fait jouir les Américains?  Le profit.

Comme Trudeau le disait dans son message à toutes les « call-girls » du pays le soir de la décision du président Nixon : « Je suis convaincu que le président Nixon ne voulait pas être injuste et qu'aux présentes difficultés, on trouvera une solution dans ce même esprit d'amitié qui marque toutes les relations entre nos deux pays. »

C'est bien là propos de « pimp ».   Mais ce n'est pas ce que les « call-girls » pensent.  Les « call-girls » nourrissent au fond de leur coeur une profonde agressivité contre leurs clients.

Aussi, « call-girls » du Québec, unissez-vous et débarrassez-vous de vos « pimps »!  Après, vous pourrez mener la vie que vous voulez.

 

Gérald Godin
Québec-Presse 12 septembre 1971