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Le nationalisme entre la crise et l'élection


Introduction

Les années soixante et soixante-dix furent des années de contestations partout à travers le monde. Au Québec comme ailleurs il y eut contestation de plusieurs manières. Les francophones étaient, pour la plupart, confinés au rôle d’ouvrier ou tout autre emploi moins bien rémunérées. Cet état des choses causait beaucoup de frustration et fut la cause principale de plusieurs grèves. La « révolution tranquille » du début des années soixante amena beaucoup plus de gens à poursuivre leurs études ce qui amenait plus de gens instruit à critiquer le gouvernement. Plusieurs mouvements pour la souveraineté du Québec ont donc vu le jour dans les mêmes années tel que le Rassemblement pour l’Indépendance Nationale qui militèrent et dont les idées radicales furent à la bases de la violence politique du FLQ. Le RIN n’avait pas une forte représentation aux élections et « les moyens démocratiques étaient bloqués ». Les moyens démocratiques étant tous les postes d’importance aux sein de l’économie et de la politique. Les extrémistes commencèrent pour ces raisons à utiliser la violence pour se faire entendre. Ce fût la fondation, en 1963, de l’organisation terroriste le Front de Libération du Québec, appelé tout au long de ce travail FLQ. Les premiers actes de violence politique eurent lieu en 1962 et les première bombes vers 1963. Cette violence se présentait sous forme de quelques bombes, des actes de vandalisme sur des symboles anglo-saxons et des vols pour financer leurs opérations. Le FLQ fit réellement parlé de lui lors de la crise d’Octobre 1970. C’est lors de cette crise où il enleva un diplomate et un ministre provincial, Pierre Laporte qui mourut en captivité quelques jours après.

Cette crise eut plusieurs effets sur la société québécoise. Quels sont les effets de cette crise sur l’idée nationaliste au Québec entre 1970 et 1976 ? Tout au long de ce travail, nous tenterons de démontrer que la crise amena à court terme, un renforcement de l’unité canadienne, en raison à la mort de Pierre Laporte, pour ensuite porter ombrage à cette unité et encourager le nationalisme par les abus commis par le gouvernement lors de cette crise. Pour ce faire nous verrons les effets de la crise sur trois grands points. Le premier point sera les relations Québec-Canada où nous verrons en détails les abus commis par le gouvernement fédéral lors de cette crise, les manigances dont le gouvernement se fit l’auteur pour « tuer » l’idée nationaliste, etc. La vision du gouvernement provincial par les québécois sera vue d’un point de vus des critiques du gouvernement par les journaux, le parti de l’opposition et sur les autres point de vues qui ont amené sa chute en 1976. Le dernier point de ce travail sera l’effet sur le Parti Québécois, principal parti indépendantiste, qui vécu très difficilement la crise d’Octobre. Nous verrons les causes de sa perte de popularité chez la population, les points positifs qu’il en ressorti de la crise et aussi les raisons de son arrivée au pouvoir en 1976.

1.  Effets sur les relations Québec-Canada

Pour comprendre les effets de cette crise, il faut savoir comment le gouvernement fédéral réagit lors de cette dernière. Dès l’apparition du mouvement, en 1963, le gouvernement fédéral laissa toute la responsabilité de la répression de ce groupe aux forces policières provinciales, car cela n’était pas de son ressort. Donc il laissait le gouvernement provincial se débattre avec tous les problèmes reliés au terrorisme. Lorsque le diplomate anglais James Richard Cross fût enlevé le 5 octobre 1970. Le gouvernement provincial était un gouvernement très docile comme le fait remarquer François-Marie Monnet, il ne su pas comment régler la situation. Pierre Elliot Trudeau, premier ministre de l’époque, entra donc dans la danse pour régler le problème au plus vite. Cette entrée de Trudeau fût donc vue un peu comme celle d’un sauveur par la population ce qui augmenta la réputation déjà énorme de ce premier ministre. Monsieur Trudeau décida de ne pas négocier avec les terroristes. Tout ce que le gouvernement accorda aux felquistes est la lecture de leur manifeste le 8 octobre sur les ondes de Radio-Canada. Cette immobilité amena déjà la critique de la part des intellectuels qui se fit plus forte encore après l’enlèvement de monsieur Pierre Laporte, ministre de l’immigration et du travail dans le gouvernement Bourassa. Alors le gouvernement fut fortement critiqué pour n’avoir rien fait.

L’analyse des auteurs diffère sur l’utilisation des mesures de guerres. Pierre Vallières est un ancien membre du FLQ ayant participé activement à la violence politique de 1965 jusqu’à son arrestation en 1966. Il est donc une source intéressante du point de vue où il a vraiment vécu les événements, mais son interprétation des faits peut avoir un léger parti pris en raison des appartenances de son auteur et du fait qu’il n’y a pas d’objectivité dans ses textes. François-Marie Monnet est un journaliste québécois qui fut représentant de 1972-74 pour le journal Le monde. Son point de vue est donc plus événementiel mais aussi plus objectif que celui de M. Vallières. Il est cependant intéressant de voir la différence de pensée qui habite ces deux auteurs sur les actes gouvernementaux. Selon monsieur Monnet, c’est parce qu’il était acculé au pied du mur que le gouvernement de Trudeau fit appel à l’armée et aux Mesures de guerre pour venir à bout de ce problème. Ces auteurs expliquent le geste du gouvernement par les nombreux appuis que la population donnait aux felquistes malgré les reproches que les gens pouvaient faire au FLQ à l’égard ce ces techniques. D’autres sources, tel que Pierre Vallières, disent qu’il s’agit d’un coup monté de toute pièce. On croit que le gouvernement avait d’une certaine manière poussé les felquistes à poser les gestes qui leurs vaudront le désaveu populaire comme nous le verrons à l’instant

Quelque soit la raison, le premier effet de cette crise fut l’assassinat ou la mort de Pierre Laporte. On retrouva le ministre mort le lendemain de la déclaration de la loi sur les mesures de guerre. La démocratie avait maintenant un martyr. C’est cette mort qui marqua le plus les Québécois et Québécoises. Leur réaction fut de donner une confiance inconditionnelle au gouvernement fédéral qui avait pris la direction des opérations à la mi-octobre. Par exemple même les plus dures critiques du gouvernement se rangèrent du coté du gouvernement. De plus un sondage effectué le 15 novembre 1970 montre que 84,8% des Québécois approuvaient l’attitude du gouvernement et que 58,1% d’entre eux étaient totalement en accord avec les actions du gouvernement fédéral. Cela montrait aussi au Canada anglais que le gouvernement Trudeau pouvait mater quelques récalcitrants et donc renforça l’unité canadienne. Le premier ministre en ressorti grandi d’une image d’homme solide sur lequel on pouvait compter pour gérer une crise de cette envergure tout en préservant la démocratie canadienne. La confiance inconditionnelle de la majorité des Québécois permit au gouvernement de faire oublier les erreurs produites lors de la crise, malgré le fait que plus de cinq cent personnes furent emprisonnées et que les felquistes n’étaient qu’une dizaine de personnes alors que les services gouvernementaux les estimaient à plus de trois mille.

La population fût satisfaite du fait que la crise se termina par la libération du diplomate anglais sans autres effusions de sang ce qui simplifia la chose au gouvernement qui se vu attribuer une très haute cote de popularité pour avoir libéré un otage et d’une certaine manière ayant négocié avec les terroristes alors que pourtant il n’avait négocié avec eux. Un exemple qui illustre bien cette image est cet article de Claude Ryan publié dans le Devoir du 4 décembre 1970 où après avoir présenté le fait que laisser les ravisseurs de M. Cross s’envoler pour Cuba sans répondre de leurs actes est une dérogation à notre système de valeur mais pourtant « les autorités se sont, au contraire, grandie; car, en agissant ainsi elle ont fait passer par-dessus toute autre considération la défense d’une vie humaine. » Cet article montre bien que partout dans la population dès l’assassinat de Pierre Laporte toute la population ou presque donnait son appui au gouvernement pour une solution sans autre effusion de sang. Le gouvernement central en retire donc une image plus forte et la confiance de la population au moins pour les jours de la crise.

À moyen terme, les critiques commencèrent rapidement à apparaître. Bien sûr, les partis d’oppositions n’avaient jamais arrêté de critiquer les méthodes du gouvernement Trudeau, mais la crise d’Octobre amena une réflexion plus approfondie sur le fait que la société québécoise avait besoin d’une autre révolution. Le manifeste du FLQ avait, selon plusieurs auteurs nationalistes tels Marc Laurendeau et F.-M. Monnet, lancé les problèmes de la société québécoise dans son visage et avait peut être amené une réflexion qui resta toujours en arrière-plan sur les raisons de la crise et la façon de changer cela. Le manifeste incitait à la révolution mais pour que cette société se change par elle-même et non par quelques personnes ne connaissant pas ses misères. « Faites vous-mêmes votre révolution dans vos quartiers, dans vos milieux de travail. » Il est nécessaire de garder en tête cette réflexion lorsque l’on parle des critiques du gouvernement, car elle est présente dans la tête des Québécois dans cette période.

Les milieux intellectuels furent les premiers à critiquer les actes posés en 1970. Les journaux commencèrent à émettre des opinions différentes de celle du gouvernement ou des critiques du déploiement des forces militaires dans l’affaire d’Octobre 70 peu de temps après la crise. Par exemple, le journal Le Devoir fût un des premiers journaux à critiquer les méthodes de Trudeau. Claude Ryan en tête des journalistes, il critiqua les abus du gouvernement Trudeau. Les exemples de ces abus sont très nombreux. Nous pouvons nommer comme exemple; l’amplification du nombre de felquistes dans les milliers alors qu’en réalité ils étaient moins d’une quinzaine, l’utilisation d’une force considérablement disproportionnée en nombre et en équipement en comparaison avec les felquistes qui étaient peu nombreux et mal équipés alors que la pègre est beaucoup mieux équipée et meurtrière mais pourtant les forces opposées à elle sont moins imposantes, etc.. Ces quelques critiques virent en fait commencer la réflexion sur les problèmes que vivait la société québécoise.

Plus la critique du gouvernement canadien arrivait et plus les Québécois et Québécoises apprenaient les véritables gestes posés en Octobre 70. On apprend l’arrestation et la détention sans mandats et sans aucun contact avec leurs proches de près de cinq cent personnes. De plus, on voit bien que le gouvernement a inventé de toute pièce une « tentative d’insurrection » en augmentant le nombre de felquistes de plus de 30000%, la dizaine de felquistes devenant plus de trois mille. Ces exagérations furent ajoutées aux préjudices subis par les personnes s’étant faites arrêtées par les forces de l’ordre comme des coups, des humiliations tel qu’être déshabillé(e) et photographié(e), etc. Toutes ces erreurs amenèrent beaucoup de critiques des journaux et des partis de l’opposition. Et la population fut quelques peu révoltée de voir que des personnes n’ayant aucun lien avec l’affaire soit si maltraitées dans cette histoire.

Comme le présente Francois-Marie Monnet, ces critiques amenèrent le peuple québécois à s’ouvrir les yeux sur l’improvisation dont le gouvernement avait fait preuve et à faire échouer « le rêve canadien des Québécois ». Par la crise Trudeau montre que derrière son image charismatique et forte, les structures gouvernementales et le mépris dont il se targuait envers les vieilles « structures étatiques » se trouvait un état fort qui n’hésitait pas à employer l’armée pour empêcher une quelconque révolte. Comme le gouvernement décidait lui-même du moment ou cela est nécessaire, cela amena les québécois à se replier sur eux-mêmes et à regarder le fédéralisme d’un point de vue strictement rentable.  Ce qui veut dire que beaucoup de Québécois ne crurent plus que le Canada pouvait être une terre où tous pouvaient vivre en harmonie, mais ils le virent sous un angle économique où il était meilleur pour l’économie d’être unis que séparés. Un exemple de cela est que rapidement le gouvernement Bourassa se dressa contre le gouvernement Trudeau. Bourassa fit échouer la tentative de réforme de la constitution canadienne mis au point à Victoria en 71 et il formula sa politique d’indépendance culturelle d’un fédéralisme économique ce qui prouve donc que le fédéralisme n’était devenu que purement économique.

Les relations Québec-Canada furent donc très bouleversées par la crise d’Octobre. La façon d’agir du gouvernement Trudeau, malgré le certain succès qu’elle obtenue, fut très critiquée et fut même une des causes pour que plusieurs Québécois se rallient à d’autres partis politiques. Il est cependant clair que dans les premiers temps le gouvernement eut la faveur de la population pour la perdre ensuite par les suites des découvertes sur les abus fait par les forces gouvernementales. Le gouvernement Trudeau, par ses actions pour sauvegarder l’unité canadienne, amena donc le contraire et renforça le nationalisme québécois, du moins, à moyen terme.

2.  La vision du gouvernement provincial par la population

Dans le cas du gouvernement provincial, il y eut un certain renforcement de sa puissance du moins quelques temps après la crise. Selon un sondage effectué le 15 novembre 1970 on voit que 61,1% des Québécois approuvait l’attitude du gouvernement Bourassa. On voit néanmoins que rapidement, c’est tout le contraire qui se produisit. Le gouvernement provincial ayant demandé l’aide de l’armée canadienne et s’étant rangé sous les ordres de monsieur Trudeau, la population donna tout son appui au gouvernement Trudeau et oublia quelque peu le gouvernement provincial. Cela affaibli de beaucoup la réputation du gouvernement, car il n’avait plus la confiance de ses électeurs au profit du gouvernement central. Par exemple un autre sondage effectué douze jours plus tard soit le 27 novembre 1970 montre que 52,1% des Québécois approuve le gouvernement provincial. En douze jours l’attitude populaire a baissé de près de 10%, malgré les pourcentages d’erreur, on voit que la popularité du gouvernement provincial diminue très rapidement.

Il faut expliquer ce phénomène par l’incompétence des forces policières qui, depuis les début de la violence politique, vers 1962, accumulait déboires par-dessus déboires. Par exemple il y eu plusieurs grèves ou manifestations qui se terminèrent dans le sang et la violence, car tout se transformait en champ de bataille contre les autorités. Ces forces policières étaient associées au gouvernement du Québec car plusieurs étaient sous juridictions provinciales. La population, voyant les déboires des forces policières et la violence de celles-ci, avait moins confiance en leur gouvernement provincial. Ce dernier ne pouvant pas combattre ses propres crises internes et devant demander aide et soutien au gouvernement fédéral, ils placèrent leurs confiance en ceux qui pouvaient faire quelque chose soit le gouvernement d’Ottawa, cela renforça, du moins pour un temps, l’unité canadienne au détriment du nationalisme. Ce phénomène fut remarqué par plusieurs personnes tel René Lévesque qui disait dans son livre La passion du Québec; «... le gouvernement fédéral apparaissait comme le plus fort. À Québec, il n’y avait pas de pouvoir réel. » Cette critique du pouvoir du gouvernement Bourassa fut reprit par plusieurs critiques comme par exemple, une classe ayant été très touchée par la crise, les syndicats.

Les luttes syndicales furent d’une certaine manière amenées par la crise d’Octobre. Lors de l’application de la loi sur les mesures de guerre, des cinq cents personnes emprisonnées pour aucune raison et sans aucun mandat, plusieurs étaient des syndicalistes reconnus tel que Michel Chartrand, syndicaliste très connu de la société québécoise qui sera accusé de conspiration séditieuse pour en être par la suite acquitté. Les syndicats décidèrent donc de former un cartel syndical devenant rapidement le front commun intersyndical qui revendiqua la fin des mesures de guerre et aussi qui amena de fil en aiguille à la grève générale de 1972 et à l’emprisonnement des trois chefs des centrales syndicales. Ces répressions par le gouvernement apporta de la rancœur chez la population qui commença à sympathiser à nouveau avec l’esprit péquiste qui ne s’était pas éteint comme l’avais prédit les libéraux et tous les ennemis du séparatisme. Ce front syndical fut donc un point pour le nationalisme québécois et la crise d’Octobre commençait à redonner à la pensée séparatiste un souffle nouveau après l’obstacle qu’elle avait été à son développement. De plus, ce front permis le regroupement de plusieurs groupes et donc aux idées de circuler à travers tous les syndiqués faisant partie de ces centrales donc une partie assez importante des travailleurs de la province de Québec. Il faut comprendre que lors de cette grève les syndiqués s’étaient réunis très souvent et en proportion très impressionnante. Le plus important de ses rassemblements fût le 21 octobre 1970 ou lors d’une assemblée monstre où plus de 500 000 travailleurs demandèrent au gouvernement le retrait immédiat de la loi d’exception. Ce front intersyndical fut donc très profitable pour les syndicats en terme de moyen de pression et pour le nationalisme.

Un effet plus important et plus difficile à comprendre est l’élection provinciale de 1973 qui fut déclenchée par Robert Bourassa malgré les nombreuses divisions dans son parti. La stratégie libérale de ces élections fut de mettre l’emphase sur l’idée qu’un vote pour le Parti Québécois était semblable à un vote pour la sécession du Québec. Cette tactique fonctionna du point de vue des sièges remportés, car le parti libéral remporta plus de siège qu’à l’élection d’avril soixante-dix. Le Parti Québécois perdit un siège lors de cette élection. On pourrait donc en déduire que la crise d’Octobre à moyen terme eu des effets encore néfastes sur le Parti Québécois. Toutes ces suppositions deviennent impossibles lorsque l’on regarde le pourcentage des voix obtenues. Le PQ remporta plus de voix qu’en 1970 donc on peut en déduire que les effets néfastes de la crise commençaient déjà à s’estomper vers 1973. De plus, les libéraux ayant obtenus la grande majorité de siège, le Parti Québécois devenait le parti de l’opposition avec ces 6 sièges, car les électeurs n’avaient pas accordés ou très peu accordés leur confiance aux créditistes et à l’Union Nationale qui ne gagna aucun siège à cette élection et ne fut pas représentée à la chambre .

À la suite de ces élections, Robert Bourassa tenta donc de stabiliser la situation du parti libéral du Québec. Au point de vue des sièges, le parti se portait très bien mais les divisions au sein même du parti se faisaient de plus en plus importantes. Un exemple de ses divisions, fût lors de l’adoption de la loi 22. Cette loi instituait le français comme seule langue officielle au Québec. Cette loi, qui devait régler une fois pour toute le problème linguistique dans la province, ne fit au contraire que diviser encore plus la population. Les anglophones en furent très frustrés et ils retirèrent leurs appuis au gouvernement libéral. Comme la minorité anglophone du Québec formait 10% de la population québécoise, cela amena une perte de popularité pour le parti libéral. La population commençait à perdre confiance envers le gouvernement en place et donc à accorder son appui à son plus proche rival malgré son nombre peu élevé de siège, le Parti Québécois.

Le gouvernement libéral fut aussi critiqué pour sa coupure d’avec la population. René Lévesque voit cette coupure comme un effet possible de la crise d’Octobre. Il y présente le fait que le gouvernement Bourassa s’était habitué à vivre « dans un isolement, dicté, je suppose, par les circonstances ». Donc le gouvernement n’ayant plus de contact ou presque avec la population, cette dernière est moins intéressée à lui accorder son appui lors des élections. M. Lévesque présente aussi le fait que plusieurs personnes près du pouvoirs étaient impliquées dans des histoires de corruption et les imprudences des ces personnes portèrent un tors énorme au Parti Libéral. La loi 22 peut être un exemple, car le parti libéral eut à payé pour ce problème qu’il avait engendré avec la minorité anglophone.

La population québécoise en voulu donc très rapidement à son gouvernement. Les critiques commencèrent rapidement à pleuvoir des journaux et de divers milieux tels que les syndicats, les partis d’oppositions et plusieurs autres. Malgré de nombreuses tentatives pour ramener la population de son coté, il est clair que le parti libéral ne put rien faire pour empêcher la population de se rallier à la cause souverainiste. La vision de la population est donc une bonne image du changement de pensée qui s’opérait dans la société québécoise.

3.  Effets de la crise sur le Parti Québécois

Les grands perdants de cette crise furent sans aucun doute les partis de oppositions qui furent très affaiblis selon la plupart des personnes ayant émis une opinion sur le sujet. La crise porta un grand tord à la cause souverainiste. Cette cause ayant été choisie par 23,1% (pourcentage de vote pour le PQ) de la population au élection d’avril précédent la crise, elle était quand même populaire. De plus plusieurs personnalités importantes, tel René Lévesque, avaient signé un document le 14 octobre 70, demandant au gouvernement de négocier avec les felquistes. Donc le FLQ avait des appuis très importants dans les milieux d’opposition. Le meurtre de Laporte et le désaveu par la population ne put que retomber sur toutes les personnes qui l’avaient ouvertement appuyé. Donc ces personnes et par la même occasion ces partis, furent associés à des tueurs et des tortionnaires ce qui fut très mauvais pour les images que ces partis se donnaient et aussi pour leurs nombres de membres, car plusieurs ne voulant pas être associé à des crimes aussi vils, aimèrent mieux quitter le parti que de continuer dans leur idéologie.

Un exemple de ces partis d’opposition fut lors de l’élection municipal de la ville de Montréal du vingt-cinq. Ce parti qui se présentaient contre le parti du Maire Drapeau, fut complètement rayé par la politique anti-felquiste du maire Drapeau qui récolta 92 % des voix. Cette élection montre l’appui que les gens donnaient à ceux qui avaient réussi à mené la crise à terme et la rancœur que la population montréalaise portait envers les felquistes ou les partisans felquistes, car le FRAP était un parti au idéologie beaucoup plus socialiste que celui du maire sortant et aussi parce que l’on avait présenté le programme politique du FRAP dans un journal en même temps que le manifeste intégral du FLQ. De plus, le ministre fédéral avait malencontreusement annoncé que le FRAP était le FLQ selon Marc Laurendeau. Le Maire Drapeau ne laissa pas passer une occasion d’avoir le plus de vote possible. Cet élection fut mortelle pour le FRAP qui disparu peu de temps après. À la lumière de cet exemple, on peut facilement imaginer que si le gouvernement avait déclenché peut après la crise d’Octobre, le Parti Québécois aurait éprouvé certaines difficultés à réélire les membre de son parti, car il était associé au FLQ comme nous le verrons bientôt.

Il est important d’étudier les effets de la crise sur le Parti Québécois. Les autres partis représentant une idée nationaliste ne représentaient pas la séparation mais un changement dans le nationalisme. Ce parti s’est toujours représenté dès sa fondation comme étant l’unique parti défendant la séparation du Québec. Cette représentation nuisit énormément à l’image du PQ étant donné le fait que le FLQ se présentait comme prônant la séparation du Québec. Il fût donc rapidement associé au PQ par la population et les gouvernements. De plus comme ce parti regroupait les anciens militants de plusieurs formations plus ou moins extrémistes tels que le RIN, il était facile d’associer ce parti avec les actes de violence politiques commis depuis quelques temps. En ce sens l’aile radicale du parti causa un trouble énorme au parti. Certains militants émirent des opinions qui firent un mal incalculable à l’image du PQ. Par exemple, lorsque Pierre Bourgault déclara : « le FLQ est à la pointe de l’action et nous représente. Les prisonniers politiques sont punis pour nous, pour avoir tenté de nous libérer de notre asservissement. » Comme les dirigeants du PQ tentaient de passer un autre message à la population cela amenait la confusion facile pour cette dernière. Selon un ministre fédéral, le fait que le PQ ne condamna la violence que très tard et que lorsque les chefs péquistes la condamnait, cette condamnation était toujours accompagnée d’une certaine explication de cette violence amena les Québécois à donner leurs appui à Ottawa. La presse publiait le 9 novembre 70 une critique de René Lévesque sur les événements d’Octobre où on voit clairement la tendance à l’explication de M. Lévesque :  « Je n’excuse pas l’assassinat qui a été commis. Mais il s’explique. Si nous conservons le même genre de société, nous aurons le même genre de chose ... »

L’image du parti fût donc assez malmené lors de cette crise mais les objectifs du parti furent eux aussi très touchés. Le séparatisme avait maintenant le sang de Pierre Laporte sur les mains. Le ministre Gérard Pelletier pourtant ministre fédéral, écrivit un livre sur la crise en 1971. Il est impressionnant de voir qu’un membre du gouvernement fédéral appuie, d’une certaine manière le Parti Québécois. On aurait pu s’attendre à ce que son livre soit basé sur une vision à l’opposée de celle du PQ, mais il semble que monsieur Pelletier présente les effets de la crise d’une façon très objective. On peut le remarquer lorsqu’il écrit; « il ne fait aucun doute que, exception faite des victimes, c’est aux partisans du séparatisme que la violence terroriste a causé en définitive le plus de préjudices, en rendant suspecte une option politique qui a été librement choisie par une fraction importante de la population. » Cette suspicion de la part de population à ce parti amena les effectifs du parti à diminuer considérablement en une année à la suite de la crise. Des 80,000 membres en mars 1970, il n’en restait que 30,000 un an après la crise. Donc la popularité de la souveraineté-association et du nationalisme en général fut diminuée énormément par la crise dans les premiers temps.

Cependant la crise ne semblent pas avoir été néfaste sur le Parti Québécois à moyen terme. Comme nous l’avons vu précédemment, à l’élection de 1973 le PQ avait augmenté de 7% dans l’intention de vote des québécois. Les libéraux avaient utilisé la peur de la séparation pour gagner cette élection, les péquistes trouvèrent une parade à cet argument en la forme du référendum. Ils promirent de premièrement montrer qu’ils étaient un bon gouvernement avant de passer à un référendum sur la question de la souveraineté-association. Cette parade fut un point marquant pour le nationalisme, car cela permettaient aux personnes étant plus modérées sur l’idée de la séparation, mais voulant tout de même appuyer le parti Québécois, de pouvoir le faire. Cela apporta donc plusieurs personnes à se ranger du coté du Parti Québécois dans l’espoir d’avoir un meilleur gouvernement et non de la séparation. Cela ne semble peut être pas aider la cause nationaliste mais il faut comprendre que ces personnes, si le gouvernement est un bon gouvernement, auront plus de chance de changer d’idée et de voter oui à un référendum sur la souveraineté que des personnes ayant voté pour le parti Libéral du Québec. Donc les effets de la crise de 1970 n’avait presque plus d’effet sur le PQ

Bref, la crise d’Octobre fut très mauvaise à court terme. Les appuis amenés pour la négociation avec le FLQ, les explications des gestes posés par le FLQ, le militantisme de certains militants péquistes ne furent que quelques uns des points qui firent pencher la population contre le nationalisme. Toutefois, à moyen terme, il semble que la population ait changé d’idée. À peine 6 ans après la crise, elle portera au pouvoir pour la première fois un gouvernement séparatiste. Il est certain que les erreurs commises par le gouvernement Bourassa et les critiques nombreuses qu’il a subi aidèrent beaucoup la cause, mais on voit que la population avait changé son fusil d ‘épaule et était prête pour du changement.

Conclusion

En conclusion, il est donc clair qu’à court terme la crise d’Octobre 1970 fut très négative sur le nationalisme québécois. Le gouvernement canadien en ressorti grandit et donc l’unité canadienne s’en trouva grandit en même temps. Le gouvernement provincial, pourtant vu très rapidement comme une extension du gouvernement fédéral, en ressentit des effets positifs comme le démontre l’élection de 1973. Les partis d’opposition furent les plus touchés en raison de la position adoptée envers le FLQ et la facilité que les autres gouvernements ont eu à les associer au mouvement terroriste.

À moyen terme, on voit que la situation s’améliora rapidement pour le PQ et se détériora pour les autres partis au fur et à mesure que la population prenait conscience des abus commis par les gouvernement et les injustices dont la population avait été victimes. Toute cette réflexion de la population amena le Parti Québécois au pouvoir six ans après la crise. Toutefois plusieurs questions ne sont pas réglées. Comme nous l’avons vu le gouvernement n’hésita pas à faire intervenir l’armée pour sauvegarder l’unité canadienne. On peut donc se poser la question, la crise d’Octobre fut l’œuvre d’une bande de personnes mal organisées qui pourtant réussirent à enlever deux personnes assez importantes. Quel est l’implication réelle du gouvernement fédérale dans cette crise? IL est très difficile à le savoir, car nous n’avons pas assez de recul encore pour tout savoir, car nous en découvrons encore sur cette crise. Il semble heureux qu’avec l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois et les référendums la violence n’est plus utile pour se faire entendre, les moyens démocratiques étant débloqués.

Bibliographie

MONNET, François-Marie, Le Défi Québécois, Montréal, Éditions quinze, 1977, 260 pages.

LÉVESQUE, René, La passion du Québec, Beauceville, Éditions Québec/Amérique, 1978, 239 pages.

LINTEAU, DUROCHER, ROBERT, RICARD, Le Québec depuis 1930, Montréal, Éditions Boréal, 1986, 740 pages.

PELLETIER Gérard, La crise d’Octobre 1970, Montréal, éditions du jour, 1971, 270 pages.

LAURENDEAU, Marc, Les Québécois Violents, Louiseville, Éditions Boréal, 1990, 353 pages.

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VALLIÈRES, Pierre, Le magazine de la vie ouvrière, « Question nationale et projet de société », Montréal, 1990.

VALLIÈRES, Pierre, L’exécution de Pierre Laporte, Montmagny, Éditions Québec/Amérique, 224 pages.

Site sur le parti Québécois : http://www.geocities.com/Athens/Forum/5462/pqrl.html

Site historique sur le Front d’indépendance du Québec [FLQ] : http://www.multimania.com/independance/flq/

 

Alexis D’Aoust-Tremblay
Mémoire présenté à
L’Office du Baccalauréat International [OBI]
Petit Séminaire de Québec
Vendredi, 29 janvier 1999