Hit-Parade

 

Le dénouement


La ferme à Saint-Bonaventure

Ensuite, ils se rendirent jusqu'au 1485 est, rue Laurier, domicile de Denise Quesnel. Elle y restait en compagnie de sa fille Hélène et de Robert Dupuis. Pour le trio, il n'était pas question d'y demeurer bien longtemps. Vers 23 heures, Denise Quesnel appela Claude Larivière, et celui-ci se rendit chez elle. Il leur proposa son aide pour les aider à se cacher. Ainsi, le 9 novembre, vers 20h15, Larivière et Yves Roy, un ami de ce dernier, allèrent chercher les felquistes sur la rue Laurier et les conduisirent près d'une grange, située dans un rang de Saint-Bonaventure. Larivière leur donna deux caisses pleines de nourriture, pour environ une semaine. Ils s'installèrent dans la cave, qui n'avait que deux pieds de hauteur. Le 17 novembre, Larivière se rendit à Saint-Bonaventure, pour leur porter des vivres, avec Denise Quesnel et Robert Dupuis. Paul Rose prit Dupuis à l'écart et lui demanda de leur trouver un nouveau refuge, la situation rendue insoutenable. En effet, à cette période de l'année, il faisait très froid dans la grange et les felquistes n'étaient presque pas habillés. Puis, Robert Dupuis contacta Guy Fiset, un militant du Parti Québécois, et celui-ci le mettra en contact avec un indépendantiste de première heure, Michel Viger. Dupuis lui dit que les frères Rose, qu'il connaît bien, étaient en très fâcheuse posture.

L'arrivée à Saint-Luc

Donc, le 24 novembre, en pleine tempête de neige, Michel Viger va chercher le trio à Saint-Bonaventure et les emmena à sa maison du rang des Grands-Prés, à Saint-Luc. Le 25 novembre, la G.R.C. localisa l'endroit où se cachait, depuis la veille, les felquistes, alors qu'elle intercepta une conversation téléphonique entre Viger et Dupuis, au sujet de leurs cousins respectifs. Mais, la G.R.C. ne devrait jamais transmettre cette information à la S.Q.. De plus, la G.R.C. installa un poste d'observation, près de la résidence, décidant de ne pas intervenir tout de suite. Les felquistes, eux, devait se trouver une cachette. C'est ainsi qu'ils construisirent un tunnel, allant du sous-sol à un puits désaffecté à l'extérieur de la maison, où était située la cache. L'entrée se faisait en soulevant les quelques blocs, qu'ils avaient cimenté ensemble, situés entre le mur et une fournaise. Le 22 décembre, la S.Q. organisa une première fouille à la résidence de Saint-Luc, après avoir découvert le refuge par sa propre enquête. Elle fut ordinaire, une descente de routine. Ils vinrent arriver quatre ou cinq voitures de police, ramassèrent ce qui traînait par terre, descendirent au sous-sol et entrèrent dans la cache. Ils y restèrent quelques heures, et sortirent lors du départ des policiers. La deuxième fois, ils faillirent ce faire prendre. En effet, le 25 décembre, Jacques Rose oublia un morceau de linge dans la cuisine. Réalisant son oubli, il remonta en vitesse chercher la pièce compromettante. Lorsque Jacques Rose replaça les blocs de ciment camouflant l'entrée du tunnel, derrière lui, les policiers commençaient à fouiller le sous-sol. Cette fois-ci, ce fut sérieux : ils défonçaient à coups de barres. Puis, un des deux policiers s'occupant du sous-sol commença à soulever les blocs de ciment autour de la fournaise. Rendu à ceux recouvrant l'entrée, il eut de la difficulté à les prendre. Il a demander à l'autre policier de venir l'aider. Le policier a répondu : « Niaiseux, ils ne peuvent pas être dans le ciment ! Viens plutôt m'aider ! » Le policier a laissé tomber...

L'arrestation du trio, à Saint-Luc

C'est finalement au bout du troisième raid, le 27 décembre, que la police détectera enfin la cachette ingénieuse aménagée par les frères Rose et Francis Simard. La police savait qu'ils étaient chez Michel Viger ; la seule chose qu'elle ne savait pas, c'était où à l'intérieur de la maison. Mais, elle pensait que le seul endroit valable serait la cave. Puis, en approchant de la fournaise, un léger bruit attire l'attention des policiers. Ensuite, Viger avertit le trio que les policiers savaient où ils se cachaient. Les fugitifs demandèrent la présence d'un médiateur et se mirent d'accord avec le procureur de la Couronne sur le nom de l'écrivain Jacques Ferron. Les discussions durèrent toute la nuit. Puis, les felquistes décidèrent de sortir de leur cache, se rendant contre la promesse que les personnes injustement détenues depuis octobre, soient remises en liberté. M. Paul Rose, parlant au nom des deux autres, dit à travers les blocs de ciment : « Soit, nous sortons. » Paul Rose quitta le premier le tunnel, suivi de Simard, puis de Jacques Rose. Aussitôt, ils furent menottés. Paul Rose déclara : « Nous ne faisons pas de sentiment. Nous nous fondons dans une lutte qui n'est pas seulement la nôtre [...] Dieu sait ce qu'on a pensé sur notre compte. Dieu sait ce qu'on a dit ! Nous faisons peut-être partie d'une génération perdue. Nous avons voulu accélérer l'histoire. Je crois que nous avons réussi. En tout cas, nous ne regrettons rien, même si (...) nous sommes en principe contre la violence. La violence qui a eu lieu, nous la prenons sur nous, nous en paierons la note. »

Jean-François Gauvin