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L'application de la loi sur les mesures de guerre


Alors que Pierre Laporte et James Richard Cross étaient pris en otage par les felquistes, on peut dire d'un certain sens que le peuple québécois le fut par le gouvernement et l'armée canadienne... En effet, le 16 octobre 1970, Pierre Elliot Trudeau et son gouvernement déclara la Loi sur les mesures de guerre, en temps de paix, prétextant qu'il y avait une insurrection appréhendée...

Cette loi fut votée en 1914 sous le gouvernement Borden pour aider le gouvernement canadien à faire face aux besoins d'une guerre, permettant à la police de rechercher ou d'arrêter n'importe qui, sans raisons précises et ni avertissement. Elle fut utilisée en 1918 lors de la prohibition de l'alcool sur le territoire canadien et lors de la deuxième Guerre Mondiale, pour contrôler les entreprises et les prix pour un meilleur effort de guerre. En 1970, le NPD et les indépendantistes étaient contre son application.

Les textes disent que ce fut Robert Bourassa qui fit la demande d'intervention de l'armée canadienne, mais en poussant un peu plus loin les recherches, ce fut plutôt Marc Lalonde,  du cabinet du premier ministre fédéral, qui dicta la demande que le premier ministre du Québec devait faire. En effet, c'est en compagnie de Julien Chouinard, secrétaire du gouvernement du Québec (le plus haut fonctionnaire de celui-ci) et aussi proche de Marc Lalonde, qu'il a rédigé la fameuse lettre où Bourassa demandait à Trudeau de promulguer la Loi sur les mesures de guerre.

C'est à partir de listes dressées par la police fédérale et approuvées par le solliciteur général du Canada que se sont effectuées les arrestations. Non seulement la liste fût dressée par la police politique fédérale, mais en la mettant à jour quelques jours avant sa mise en application, Pierre Elliott Trudeau ainsi que Gérard Pelletier se sont abaissés à être indicateurs de police en y faisant inscrire les noms de leurs propres choix afin d'y régler des comptes personnels.

Donc, le 16 octobre, l'armée canadienne envahit alors le territoire québécois, pour mieux assouvir le petit peuple. En agissant de la sorte, Ottawa réduisait à néant les efforts de démocratisation effectués par les groupes communautaires, culturels, syndicaux et autres. Il y eut quelques 36 000 perquisitions à travers le Québec alors qu'il n'y avait qu'une vingtaine de personnes directement impliquées. Ce déplacement imposant des forces militaires et policières, face à l'action d'un groupe restreint était totalement hors de proportion.

En effet, le FLQ d'Octobre 1970 était plutôt une organisation déficiente en effectifs, notamment suite à l'arrestation de quelques membres au début de l'année. En effet, le FLQ en Octobre 1970 comportait peut-être une soixantaine de membres et une centaine de sympathisants.  Il n'y avait donc rien qui puisse craindre une insurrection et les gouvernements ne disposaient pas de preuves significatives pour déclarer cette loi. En effet, dans les milieux fédéralistes on parlait qu'il y avait des milliers de felquistes à travers le Québec ... tout ceci sans aucune source crédible. Mais ce qu’appréhendaient vraiment les libéraux, à l’époque, ce n’aurait pas été le FLQ, mais plutôt un mouvement populaire spontané. Ils auraient eu peur des étudiants, des syndicats et de tous les mouvements sociaux du Québec qui sont pris de sympathie pour le FLQ, après la lecture du Manifeste à la télé de Radio-Canada. Ils n’en reviennent pas de voir comment la population se laisse séduire par les slogans felquistes. Il fallait faire peu, rétablir l’autorité bafouée de Trudeau et du gouvernement. Elle eut l'effet recherché : refroidir considérablement l'enthousiasme des Québécois, si ce n'est que de les terroriser et de d'abuser de la crédulité du peuple en amplifiant l'événement hors de toutes limites.

La vue de militaires en armes et en tenue de combat dans les rues du Québec, principalement de Montréal a eu raison de l’étonnant esprit de fronde et de la prise de conscience qui semblait s’emparer des Québécois, généralement plutôt dociles. Non seulement ils ont pris « leur trou », mais en plus certains d'entre eux, voulurent se mettre du bon côté. Dans les jours qui suivirent, la police fut submergée d’appels de délateurs.

C'est donc environ 457 arrestations qui se firent à travers le Québec, majoritairement sans raison. Parmi ces personnes venant de milieux divers, on peut noter des syndicalistes, des professeurs d'histoire, des avocats et des artistes étant connus comme indépendantistes. Ils furent détenus pendant plus de 24 heures. On peut noter que le syndicaliste Michel Chartrand fut détenu, suite au rassemblement appuyant la cause du FLQ au Centre Paul-Sauvé.  On l'accusait de sédition et de faire partie du FLQ. Il restera à la prison de Parthenais du 16 octobre 1970 au 17 février 1971.