Pierre Falardeau
Le Couac, mai 2002.

"Zone érogène bien pouvue en terminaisons nerveuses, la région anale avait besoin d’être réhabilitée et Tristan Taormino s’en est chargé."

- Yves Schaëffner, Ici, 30 août 2000

Pour rester dans le même coin, après la région anale, la région métropolitaine! À Montréal, comme partout au Québec, on distribue gratuitement les journaux régionaux, faute de pouvoir les vendre. Sont gratis simplement parce que ça vaut pas de la marde. Pour plus d’efficacité, on devrait insérer le très régional Voir et très paroissial Ici, version française du Hour, entre la circulaire Provigo et le Jean Coutu Herald. C’est vrai, non! Vous seriez prêt à payer, vous, pour les éditoriaux de Martineau, construits, neuf fois sur dix, à 95 % de résumés de revues américaine de matantes? Aussi bien payer pour les originaux que pour la traduction bâtarde du Popular Mechanics et du Reader’s Digest.

Pour les publireporters, travestis en intellectuels d’avant-garde qui gagnent péniblement leur vie à Voir et à Ici, en remplissant les espaces vides entre les annonces de graines en plastique, de fouets en cuirette et de capotes en vinyle, le livre de Marcel Trudel Mythes et réalités dans l’histoire du Québec (avec un grand «q») est un chef-d’œuvre. Le chapitre XI, intitulé «La Conquête a eu aussi ses avantages» semble exciter particulièrement ces révolutionnaires de sex-shop à temps partiel et critiques professionnels à temps plein.Les bienfaits de la Conquête, une thèse aussi vieille que celle du Collabo inconnu, semblent titiller généreusement «la zone érogène riche en terminaisons nerveuses» de Monette et de Tibault.

À lire leurs louanges tout à fait convenues, on a l’impression qu’ils rédigent le rapport annuel de Team Canada. Je les soupçonne de mouiller leurs caleçons devant les photos autographiées de Sheila Copps toute excitée de pusher ses petits drapeaux, les Ding et Dong de la critique métropolitaine. Faut vraiment avoir l’esprit tordu jusqu’au fondement pour transformer ce livre hilarant en œuvre de premier ordre.

Jugez par vous-même. Voici une petite liste des «avantages de la Conquête»: le service postal, la route de New York ouverte douze mois par année, des belles jobs de porteurs pour l’armée britannique, des habits neufs pour les miliciens, une immigration à l’esprit nouveau, les avocats, les compagnies de finance, une administration simplifiée, la possibilité d’envoyer des pétitions, un boom immobilier, un cheptel de qualité, la Gazette, une bibliothèque bilingue, la brique anglaise, le père Noël, les danses carrées, l’introduction de la verge, du pied, du pouce, etc. Vraiment, je ne vois que l’introduction du père Noël et de la verge pour stimuler la «zone érogène» de nos deux compères. Faut le faire, non? Célébrer l’occupation armée de notre territoire après une guerre qui nous a coûté 10 000 morts, le septième de la population.

À la lecture des publi-reportages de Monette et Tibault, je me disais que le professeur Trudel avait oublié, entre autres avantages, de nous vanter les mérites du thé Salada, des binnes, des œufs et du bacon, des toasts avec de la marmelade et finalement des toilettes à l’eau chaude.

Rassurez-vous, le sinistre vieillard se réjouit de ce que l’occupation de notre pays nous ait permis de «manger moins de porc et plus de bœuf» et de découvrir «la dinde servie avec des canneberges (ou atocas)». Pas un mot par contre sur l’introduction au Québec de la bécosse, ce qui est un oubli assez malencontreux pour une «région anale» diplômée et une «zone érogène» sur deux pattes.

Nous ne remercierons jamais assez nos bienfaiteurs de The Gazette, d’Alliance Québec, du West Island pour nous avoir appris à chier dans un grand trou et à vider leurs fosses septiques.

Quelle jolie gang de trous du cul quand même, assemblés pour fêter les «avantages de la Conquête».

Mais rassurez-vous, le trou du cul bardé de diplômes, on est pas vieux comme le monde. Et nous n’en avons pas le monopole. Dans deux cents ans, il y aura sûrement des docteurs en histoire ou en région anale pour féliciter Ariel Sharon pour avoir introduit en Palestine le smoked meat, le char d’assaut, la viande hachée, la démolition des taudis arabes et le folklore juif d’Europe de l’Est. Trous du cul du monde entier, unissez-vous.

«En marge», c’est le titre qui coiffe les chiures de mouche de Monsieur Tibault. Il se prend pour un marginal, cet éditorialiste à la pensée archi-conforme. Tellement conforme qu’il finira à La Presse avec Mario Roy et ensuite au Sénat comme Renaude Lapointe.


Marcel Trudel
Mythes et réalités dans l’histoire du Québec, Éditions HMH, Montréal, 2001


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