Pierre Falardeau
Le Couac, novembre 1997.

Les journalistes en général me déprime profondément. J'en respecte un certain nombre, mais ce sont pour la plupart de purs crétins. Et prétentieux avec ça. Bien élevés, ils ronronnent, ils papotent, ils pontifient, la plupart du temps, le cul entre deux chaises sans jamais prendre parti ni se mouiller.

Dans un pays conquis, annexé et soumis, ces colonisés gras durs se pavanent, drapés dans leur pseudo-objectivité à la sauce radio-canadienne : par ignorance, par lâcheté ou par intérêt, ils passent leur temps à tenter d'égaliser les comptes des deux côtés. Maître ou esclave, chacun a ses torts. Exploiteur ou exploité, il faut respecter chacun. Colonisé ou colonialiste, tout le monde a ses droits. Bourgeois ou prolétaires, il y a du bon monde partout.

Et ça se gargarise avec le " quatrième pouvoir " alors que dans la majorité des cas ce ne sont que des courroies de transmission du pouvoir. De simples haut-parleurs de pouvoir. Pire : le pouvoir lui-même. Des complices serviles, des hommes de main qui se prennent pour des hommes de lettres. Et des femmes de main, de plus en plus. Comme si ça changeait quelque chose.

Pourtant les bons journalistes, ça existe. Comme les boulangers qui ne travaillent pas pour Weston. J'en connais quelques-uns. Et je les aime bien. Leur travail est essentiel pour allumer les cerveaux endormis. Au début du siècle, il y avait Olivar Asselin. Il travaillait avec un autre formidable journaliste, son ami Jules Fournier, auteur de Mon encrier. Avec Homer Héroux et Armand Lavergne qui n'étaient pas non plus des deux de pique, les trois mousquetaires sortaient chaque semaine Le Nationaliste.

Pour ceux qui veulent se réconcilier avec eux-mêmes, avec leur propre peuple et leur propre passé, je vous conseille Liberté de pensée, une réédition de textes d'Asselin, parue cette année chez Typo, dans l'indifférence générale de la critique, comme d'habitude. C'est le complément essentiel à Olivar Asselin et son temps, la remarque - et je pèse mes mots - biographie de Hélène Pelletier-Baillargeon, qui redonne vie à toute une époque.

Un journaliste qui tape sur la gueule de Louis-Alexandre Taschereau, ministre des Travaux publics et futur premier ministre du Québec, en pleine Assemblée nationale ne peut être qu'un grand journaliste. Un journaliste qui parle de La Presse comme de " la putain de la rue St-Jacques " ne peut être qu'un très grand journaliste. Un très très grand journaliste qui n'a pas peur de prendre parti, de se mouiller et de participer au combat collectif, c'est rare.

Pour terminer, mes salutations amicales à Laurent Laplante, prix Olivar-Asselin pour 1996. J'ai parlé des journalistes, mais pour ne pas faire de jaloux, j'aurais pu parler des cinéastes, des artistes ou des intellectuels en général. C'est du pareil au même. Des chiens de garde.


Olivar Asselin
Liberté de pensée
Montréal, Typo, 1997

Hélène Pelletier-Baillargeon
Olivar Asselin et son temps
Montréal, Fides, 1996


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