Pierre Falardeau
Le Couac, janvier 2000.

L'annexion politique, dans une économie moderne et dynamique entraîne inévitablement la subordination économique. L'infériorité politique et l'infériorité économique se conjuguent en s'aggravant. La culture elle-même, au sens le plus général du terme, intimement liée aux réalités politiques et économiques, est fortement perturbée au point qu'on ne peut même pas parler, pour le peuple minoritaire, de véritable autonomie culturelle. Pour cette école indépendantiste, l'indépendance politique complète est absolument nécessaire. Elle est à rechercher en elle-même comme un bien et elle est considérée comme un moyen irremplaçable pour assurer une maîtrise suffisante de la vie économique et culturelle. - Maurice Séguin

Quand on se contente de réfléchir, le nez collé dans le cul du présent, on se condamne à ne comprendre rien. Alors, on court sans fin après la queue de l'actualité et on finit rapidement par tourner en rond.

Au pire, on devient journaliste et on ronronne gentiment. Chaque semaine on fait son petit tas d'humeurs. On fait du bla-bla médiacratique. On pollue les ondes entre deux annonces de manger à chien. On s'entre-interviewe à bouche-que-veux-tu avec les p'tits copains: journaux, radio, télévision, partout les mêmes faces à claques qui s'entre-écoutent faire de la critique de maîtresse d'école. Et je te colle des p'tites étoiles ou des p'tits anges dans la marge. Et je te donne des p'tits points si tu tends la pa-patte à la mémé.

Au mieux, on se prend pour une mère Teresa de gauche ou pour un royaliste d'extrême-gauche genre John Saul. On réduit la politique à la petite politique des partis et on étale ses bons sentiments à l'infini. On noie sa mauvaise conscience petite bourgeoise dans l'humanitarisme gaga et on applaudit Débile Clinton, à la tête de l'OTAN, massacrant les méchants Serbes. On sauve son âme avec les anciens gauchistes de La Presse et du Journal de Montréal en organisant des guignolées: sont contents en sacrament les pauvres, quand ils reçoivent leurs huit «cannes de grévé» Gaza avec leur boîte de biscuits soda. On milite pour les tortues de mer, les chargeurs à cinq balles ou les gentils indiens «Nice and Easy» de Walt Disney.

Tout ça pour dire que si on n'arrive pas à replacer l'information quotidienne dans un cadre de référence plus large, dans le temps et dans l'espace, on se perd dans la multitude infinie des faits bruts. Tout devient insignifiant. Il faut alors se contenter des analyses déprimées et déprimantes de ces intellectuels-écrans qui nous bouchent la vue sur le réel. Leur cynisme sans fond est désespérant: «Encore une chicane de drapeaux!» C'est leur seul commentaire. Chaque fois.

Tout ça pour revenir encore une fois à l'Histoire. Pas à la nostalgie du passé mais à une compréhension de l'évolution des sociétés, à la dynamique des rapports de force entre les nations, à l'analyse des lignes de tension ou de coopération entre les peuples.

Tout ça pour parler en fait de la réimpression chez Guérin d'une oeuvre magistrale: Les Normes de Maurice Séguin. On sait que le théoricien du néo-nationalisme a peu publié. Il a mis toute son énergie à enseigner à l'Université de Montréal pendant plus de trente ans. Grâce à ses anciens étudiants, son oeuvre commence, à peine, à sortir des cercles restreints des spécialistes.



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