Chaque matin, pendant le tournage de Miracle à Memphis, je répétais aux acteurs et aux techniciens que nous étions en train de tourner un documentaire. Un documentaire, mais surréaliste pour Serge Beauchemin, le preneur de son. Sousréaliste serait plus exact.

En effet, j’ai du mal à comprendre ces petits comiques qui prétendent faire de l’humour absurde. Pour moi, c’est le réel qui est absurde. Y a rien à inventer. Absolument rien. Tout est déjà là. Y a qu’à ouvrir les yeux. On patauge dans l’absurde jusqu’aux oreilles. Regardez tout simplement autour de vous. Dans la rue. Dans l’architecture. Dans l’urbanisme. Dans la musique. Regardez les médias, l’art, la politique, le journalisme, le commerce, la pensée.

Pourquoi se torturer les méninges à inventer des absurdités qui ne seront jamais que de pâles reflets de la réalité. Tout est déjà donné. Il n’y a qu’à se pencher pour en ramasser. De l’absurde à la pelle. Des montagnes. Il n’y a qu’à copier. On sera, de toute façon, toujours en dessous du réel. Du comique sous-réaliste.

Miracle à Memphis est un documentaire sur l’absurde et la manipulation. Une ode à la culture industrielle. Un poème à la culture préfabriquée, prédigérée et prémarketée. On fabrique en série des Frankenstein de la modernité, les stars rocks internationales. On transforme l’art en marchandise. Une marchandise mise en marché comme toute marchandise. Et on vend n’importe quoi. Vraiment n’importe quoi. Vous en voulez du n’importe quoi ? On va vous en vendre du n’importe quoi.

Et le film lui-même est à la hauteur de son sujet. Un film moderne dans sa forme comme dans son contenu. Le degré zéro de la modernité marchande. Vraiment n’importe quoi. La vie comme marchandise. La marchandise reine. La marchandise Dieu. Du concentré de Charles Sirois et de l’univers marchand.

Et vous trouvez ça comique ?

Falardeau



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