Pierre Falardeau
Le Couac, août 2000.

« La guerre psychologique est un substitut à la violence et en cas de conflit, son complément. La guerre psychologique vise les esprits et les volontés. »

À s'acharner sur la personne de Jean Chrétien, nos analystes politiques patentés et nos commentateurs à la petite semaine, grands amateurs des pires clichés du journalisme sportif, passent à côté de l'essentiel. À force de rigoler d'un tel épouvantail à moineaux, on occulte complètement la réalité du système politique canadien. On réduit un système d'oppression néocolonial d'inspiration britannique aux bouffonneries de son premier ministre, à ses farces plattes, à ses facéties. On transforme les dures luttes politiques pour la libération nationale en concours de beauté. En concentrant tous les regards sur la personnalité des individus, on détourne l'attention et on masque les enjeux réels.

Comme si Jean Chrétien constituait à lui seul le verrou qui empêche le système fédéral de se réformer. En discutant sans fin de la gentillesse de Paul Martin, de la reconnaissance internationale de Charles Taylor depuis le référendum ou de la vaste intelligence de la gouverneuse générale, comme le fait Jacques Godbout par exemple, on oublie que ces individus sont les complices d'un système et que ce système, de par sa nature même, basé sur l'oppression et l'exploitation, ne pourra changer que par la force. Et ce système, verrouillé, se défend férocement.

La littérature, dans tout ça? J'y arrive. D'abord La persuation de masse, surtout pour l'article de Maurice Prestat : « De la guerre psychologique à la guerre médiatique». Ensuite, L'opinion ça se travaille de Serge Halimi et Dominique Vidal.

Pourquoi ces deux livres? Tout simplement pour comprendre l'offensive politique, à la base de la guerre psychologique, que les loyalistes canadiens mènent contre le peuple québécois.

Pendant que collectivement on dort au gaz en attendant que «les conditions gagnantes» nous tombent du ciel, eux, ils sont en guerre. Pour eux, le référendum c'est tous les jours. Depuis cinq ans.

Et Lysiane Gagnon qui éditorialise sur les montagnes Rocheuses ou les bienfaits de Ronald Mac Donald! Pitoyable blondasse.

« Propagande ouverte ou subtile, manipulation des esprits pour conforter le moral de son camp et propager le doute et, si possible, le désarroi chez l'adversaire sont les buts de la guerre psychologique. »


Gérard Chaliand La persuasion de masse, Laffont, Paris, 1992.

Serge Halimi et Dominique Vidal, L'Opinion ça se travaille, Montréal, Comeau & Nadeau,2000


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