Pierre Falardeau
Le Couac, mai 2001.

On chassent d'abord le Palestinien pour sa terre. Pour l'eau aussi. Certains le chasse aussi pour le plaisir ou pour la peau, tout simplement. Pour plus d'efficacité, on recommande de chasser le Palestiniens dans un enclos entouré de barbelé appelé «camp». On demande aux néophytes de ne pas employer le terme «camp d'extermination» pour ne pas déplaire aux chasseurs qui ont la mémoire longue.

On chasse le Palestinien à l'arme automatique. Parfois à la mitraillette. Les connaisseurs ne s'entendent pas sur le calibre idéal. Certains préfèrent le 5,56 mm. D'autres ne jurent que par le 9 mm. Les tireurs d'élite préfèrent le 7,62 mm et la carabine à longue portée. Pour une chasse qui rapporte mieux, on utilise parfois les hélicoptères de combat: à la mitrailleuse lourde, le calibre .50, ça fait de jolis trous. On tire aussi le Palestinien à la roquette, au missile sol-air ou au char d'assaut.

Le meilleur temps pour la chasse, c'est au petit jour quand la bête sort de son terrier. Mais les spécialistes, eux, chassent de jour comme de nuit. La récolte est toujours bonne. Au bord de la mer, on conseille de chasser le Palestinien à coup de canon à partir de navires de guerre. C'est moins dangeureux pour le chasseur.

Car parfois le gibier a la fâcheuse habitude de lancer des pierres aux chasseurs. Ce qui n'est pas très gentil ni très fair play, vous en conviendrez avec moi. C'est pourquoi les défenseurs des droits des chasseurs, comme le shérif Bush ou Powell, son nouvel Oncle Tom, sous l'oeil approbateur de la communauté internationale, demandent au gibier «de faire preuve de retenue». Il faut forcer le gibier à négocier sa propre extermination avec le chasseur.

Selon des études récentes publiés par les chasseurs et les défenseurs du droit des chasseurs, le gibier ne souffre pas vraiment. En tout cas, sa souffrance, si souffrance il y a, est incomparable avec la souffrance subie autrefois par les chasseurs. «C'est un crime contre l'humanité que de comparer les souffrances du chasseur et du chassé», déclarait même le Congrès chasseur canadien, appuyé en cela par le premier ministre démissionnaire d'une quelconque république bananière.

La morale de mon histoire de chasse? J'avais pensé à celle du loup et de l'agneau, mais j'oubliais un personnage: celui du spectateur. Celui qui ne voit rien, n'entend rien et, surtout, ne dit rien. Il n'y aura donc pas de morale à ma petite histoire parce qu'on va encore accuser le fabuliste de sombrer dans le manichéisme.



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