Note : J'ai envoyé ce texte à André Pratte, éditorialiste du journal La Presse,
ainsi qu'au courrier des lecteurs de ce dernier.
J'aimerais répondre à l'article d'André Pratte du vendredi 7 février 2003, intitulé
« Drôle de prédateur ! ». Dans son article, ce dernier rapporte les calculs de la
commission Séguin sur le déséquilibre fiscal, qui affirme que « si le fédéral
contribuait aujourd'hui à hauteur de 18% au financement de la santé et des services
sociaux, comme il le faisait en 1994-95, plutôt que les 14% actuels, Québec recevrait
2,2 milliards de plus par année. »
Il affirme par la suite que « La vision du gouvernement Landry est cependant trop étroite.
En 1994-95, le gouvernement fédéral enregistrait un déficit de 37 milliards. Cette année-là
ne peut pas constituer une base raisonnable de comparaison. En outre, si Ottawa versait
cette année 2,2 milliards de plus au Québec, cela signifierait une augmentation des transferts
à l'ensemble des provinces de 10 milliards. La marge de manoeuvre budgétaire du fédéral serait
anéantie. »
Il est vrai que depuis quelques années, le gouvernement fédéral et leurs pendants provinciaux
ont considérablement revu leurs dépenses dans plusieurs secteurs, pour ainsi être en mesure de
présenter des budgets équilibrés. Tous savent de quelle manière le gouvernement central a réussi
à y arriver, c'est-à-dire en renvoyant la facture aux provinces. En effet, Ottawa a coupé
radicalement dans un domaine prioritaire pour toute la population : la santé. Les gouvernements
provinciaux ont donc dû redoubler d'ardeur pour essayer de maintenir le financement de leur
système de santé, et ce, même s'ils étaient eux aussi en train d'attaquer les déficits qui
s'étaient multipliés dans les années précédentes. C'est ainsi que l'on a vu baisser la
proportion d'investissement en santé venant du fédéral, par rapport à celle des provinces,
notamment le Québec. Je veux ici insister sur le mot proportion. En effet, dans le rapport
Séguin, on parle d'un retour à une proportion de 18% du financement total. Alors, je pose la
question : pourquoi serait-il plus logique de dire que le gouvernement du Québec doit
proportionnellement financer le système de santé plus qu'il ne le faisait au début des
années 1990 ? Après tout, suivant la logique de monsieur Pratte, ceci ferait en sorte que
les finances du Québec se porteraient drôlement mal et que sa manoeuvre budgétaire serait
encore pire qu'anéantie !
Le meilleur moyen de ne plus avoir à constamment parader à Ottawa pour supplier le
gouvernement fédéral de réinvestir les impôts que nous avons payés serait de changer
radicalement le système d'imposition. Il me semble que tout serait beaucoup plus simple
s'il n'y avait qu'un seul palier gouvernemental chargé de cette opération. Mais, je doute
fortement que ceci ne soit possible autrement que par l'accession du Québec à l'indépendance.
Jean-François Gauvin 8 février 2003
Réponse :
M. Gauvin,
J’ai bien reçu votre réplique, qui sera prise en considération pour publication. Vous
soulevez quelques bonnes questions. Je vous rappelle que la commission Séguin elle-même
avait convenu que si Ottawa rétablissait immédiatement sa part à 18%, le fédéral plongerait
dans le rouge. La dernière entente porte sa contribution à 17%, et ce sans imposer des
nouvelles conditions aux provinces. C’est tout de même une avancée.
Pour le reste, je partage votre vœu d’arriver à un système de financement plus stable et
autonome. À mon avis, cependant, rien ne permet de croire qu’il y aurait plus d’argent pour
la santé dans un Québec souverain (1). Nombreux sont les spécialistes qui estiment que des
changements majeurs doivent être apportés à la gestion du réseau de santé. Cela demande
du courage politique. Et cela dépend entièrement du gouvernement du Québec.
Merci de nous écrire,
André Pratte
Éditorialiste en chef
La Presse
(1) Il est à noter que je n'ai jamais prétendu que le Québec aurait plus d'argent pour
la santé dans un Québec souverain. Nous n'aurons simplement plus à aller redemander à
Ottawa pour une nième fois l'argent qui nous est dû.
Dernière modification : 29 mai 2004
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