Note : Ceci est un texte en réponse à une opinion parue dans le journal « Le Métro », qui
dénigrait le nouveau congé férié en l'honneur des patriotes des années 1830. Ma réponse
fut publiée le 4 décembre 2002, bien qu'en version écourtée.
J'aimerais répliquer au texte intitulé « La journée des Patriotes et la récupération
nostalgique », écrit par monsieur Jean Le Guellec, et publié lundi le 2 décembre
2002 dans le courrier des lecteurs. En fait, j'ai cru bon de corriger certaines
inexactitudes dans ce qu'il rapporte.
Celui-ci
affirme que le projet de « séparation » véhiculé par Bernard Landry est caduc.
Décortiquons donc cette phrase un peu... En premier lieu, il y a le terme « séparation
» qui est souvent utilisé par les dénigreurs de la souveraineté du Québec, celui-ci
ayant plutôt une connotation négative, appuyant sur le fait que le Canada va être
brisé et non sur le fait que le Québec deviendra un pays, tout en maintenant quand
même des relations avec tous les autres pays. À ce sujet, il est intéressant de
voir que partout dans le monde, et même à l'ONU, on ne parle pas de séparation,
mais plutôt de souveraineté et d'indépendance. De plus, contrairement à ce que
les fédéralistes insinuent, la souveraineté n'est point un renfermement sur soi,
mais plutôt une ouverture sur le monde. En effet, le Québec pourra ainsi parler
de son propre chef dans les forums internationaux et discuter d'égal à égal vis-à-vis
les autres pays, notamment le Canada. En deuxième lieu, le projet de « souveraineté
» n'est pas la propriété exclusive de Bernard Landry et du Parti Québécois. Il
y a plusieurs autres organismes plus ou moins affilié au PQ qui la prône et c'est
avant tout le projet d'un peuple. À titre informatif, le conseil de la souveraineté
est réapparu en fin de semaine, et il disposera d'un statut semblable à celui
du conseil de l'unité canadienne, qui n'est pas une propriété exclusive du parti
libéral du Canada. Et ce conseil de la souveraineté ne sera certainement pas composé
uniquement de militants péquistes. En troisième lieu, il indique que notre projet
est caduc ! Bon an mal an, la souveraineté a une base solide à plus de 40 %. Je
ne pense pas que c'est dépassé lorsque près de la moitié de la population veut
la souveraineté. En fait, depuis le dernier référendum, les fédéralistes se plaisent
à répéter cette phrase, comme si en la disant le plus souvent possible, elle deviendrait
vraie par la force des choses. De plus, tous les sondages démontrent aussi que
la majorité de la population québécoise refuse le statu quo. C'est donc dire que
la souveraineté est encore aujourd'hui un projet viable.
Poursuivons alors l'analyse
des faussetés véhiculées dans ce texte ... Monsieur tente d'insinuer que les tenants
du projet souverainiste haïssent les Canadiens anglais, en disant que les patriotes
ne se sont pas révoltés contre « les maudits Canadiens anglais ». Mais, je dois
toutefois avouer qu'il a quand même raison sur un point. Les patriotes luttaient
effectivement contre le régime imposé par l'empire britannique, voulant disposer
de plus de pouvoirs, et ce, en même temps que les réformistes du Haut-Canada.
À ce titre, monsieur, saviez-vous que les Canadiens anglais s'en foutent éperdument
de ceux-ci, tout en ne les connaissant que très peu ? Par exemple, en 1967, alors
que le Canada fêtait ses 100 ans d'existence, un monument à leur honneur fut détruit
en Ontario ! Eux aussi mériteraient d'avoir un jour férié en leur honneur, au
Canada anglais. De plus, même si ce n'est plus Londres qui dirige le pays (bien
que la reine d'Angleterre et le régime monarchique coûtent encore des millions
au Canada, notamment par l'entremise de postes aussi inutiles que symboliques
tels que le gouverneur général et les lieutenants-gouverneurs), c'est maintenant
le Canada qui dirige une partie du Québec. Ceci fait en sorte qu'il y a bien souvent
des querelles Québec-Canada sur différents dossiers. Monsieur pourrait ensuite
dire que c'est à cause que le PQ est au pouvoir ! Mais, détrompez-vous, car la
semaine passée encore, tous les partis d'opposition au Québec se sont prononcés
contre l'instauration de règles relativement à l'octroi de fonds dans le domaine
de la santé. Ceci nous amène bien évidemment vers le fameux rapatriement de la
constitution canadienne dont parle monsieur Le Guellec. C'est cette même constitution
qu'aucun gouvernement politique québécois n'a encore signée, et ce, autant libéral
que péquiste. Cette constitution stipule d'ailleurs que la santé est de compétence
provinciale. Pourquoi donc est-ce que le Québec devrait accepter cet argent en
échange de certaines règles ? Cet argent lui revient tout simplement, car le gouvernement
fédéral a négligé les transferts d'argent en matière de santé depuis des années
! C'est cette même constitution qui a fait en sorte que l'accord du lac Meech
n'a pu être ratifié, un obscur député s'y étant opposé ! De plus, en y insérant
la charte des droits et libertés canadienne à l'intérieur de la constitution,
celle-ci sert d'argumentaire aux adversaires de la loi 101 au Québec, ceux-ci
se sentant tellement lésés au Québec ! Peut-être que s'ils faisaient un tour parmi
les très peu nombreux villages francophones hors du Québec, ils se sentiraient
royalement bien ici.
Pour ce qui est mettre un jour férié en l'honneur de Louis Riel, je serais entièrement d'accord,
mais pas vraiment pour les mêmes raisons que monsieur Le Guellec. En effet, depuis récemment, il
y a de la récupération politique qui se fait sur le dos de Louis Riel de la part de nos
compatriotes canadiens. Ceux-ci tentent de l'élever au rang de père de la Confédération
canadienne, alors qu'il s'y opposait farouchement ! Ensuite, monsieur dit que cette fête serait
« en mémoire d'un homme qui a tenté de créer une société où francophones, anglophones et
autochtones vivaient dans le métissage et l'acceptation mutuelle ». Certes, c'est vrai, mais
ce n'était pas du tout réciproque du côté anglophone, car ils l'ont pendu pour haute trahison !
Le Canada, c'est un pays ayant un passé pas si rose que cela, comme en témoigne les deux livres
noir sur le Canada anglais que monsieur Normand Lester nous a offert ces deux dernières années.
Alors, monsieur Le Guellec, retournez à vos livres d'histoire au lieu de déformer celle-ci et la
prochaine fois, tentez donc de prouver les faits que vous avancez !
Jean-François Gauvin 3 décembre 2002
Dernière modification : 29 mai 2004
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